Confondre désirs et besoins

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Le sens de notre vie ne se trouve... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Le sens de notre vie ne se trouve pas dans les magasins. Se promener dans un centre commercial ou lire une circulaire fera naître immanquablement le désir d'un nouveau vêtement, d'un électroménager, d'une montre, d'un téléphone...

Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie

 

Nicole Huybens
Le Quotidien

Je ne parviens plus à écouter une émission télé en direct tant les innombrables publicités martelées toutes les dix minutes m'exaspèrent.

Je suis horripilée aussi par le slogan des circulaires: «plus vous achetez, plus vous économisez» ! Omniprésentes sur Internet, à la télé, dans la rue, au restaurant, sur les téléphones, à l'épicerie, dans les magasins, sur les vêtements... jour après jour, les publicités ont un effet sur notre inconscient et nos pratiques d'achats. L'imaginaire, colonisé par des images, des marques et des prix, confond besoins et désirs. Faciles à satisfaire dans une société de consommation, nos besoins sont limités et se raisonnent Notre désir par contre est infini et renaît toujours, les psychanalystes ont bien montré cela. Désirer, c'est être en vie. Confronté aux messages commerciaux, nous oublions souvent que nous pouvons choisir consciemment ce que nous désirons vraiment.

Rendre sa vie confortable est souhaitable, nos besoins non satisfaits nous rendent malheureux. Et il est bien évident que si vous avez besoin d'un chaudron et que vous le trouvez en vente, vous économisez vraiment. Mais si le frigo, la garde-robe et le garage sont déjà pleins, il faudra acheter une autre armoire, un plus grand garage, remplir la poubelle ou empiler, pour ne plus les retrouver, toutes ces choses qui n'ont été finalement que si peu utilisées.

Le juste milieu est difficile à trouver. Ne pas arrêter sa réflexion au désir suscité par une image et un prix dans une circulaire et tenter d'aller plus loin en se posant la question «en ai-je vraiment besoin?», c'est devenu difficile.

Cependant, on peut quand même se dire qu'acheter pour économiser, c'est contradictoire! Les circulaires sont des incitatifs à consommer. Elles contiennent des «informations» si nous avons besoin de quelque chose et que nous les lisons dans le but de trouver l'article nécessaire en vente. Laisser aux publicitaires le soin de développer un désir de quelque chose dont je n'ai pas d'abord ressenti le besoin, c'est me faire manipuler. Et j'ai horreur de cela! On peut aussi constater que ce que l'on a déjà est très enviable et certainement autant que ce que la publicité tente de nous faire acheter. Mais pour s'émerveiller tous les jours de ce que nous avons déjà, il faut une force de caractère peu valorisée, c'est bien dommage!

Le sens de notre vie ne se trouve pas dans les magasins. Se promener dans un centre commercial ou lire une circulaire fera naître immanquablement le désir d'un nouveau vêtement, d'un électroménager, d'une montre, d'un téléphone... Et quand on n'en a pas vraiment besoin, même s'ils sont en vente, ils ne font pas économiser.

Se promener dans la forêt fera naître un sentiment de santé, de ressourcement, oxygénera votre sang, donnera des couleurs à vos joues et ravira vos enfants, vous permettra d'apprendre que tel ou tel champignon est délicieux, tel arbre majestueux, telle plante ne se trouve qu'ici.

Les publicitaires savent que les humains ne font pas seulement des choix rationnels. Heureusement d'ailleurs. Imaginez donc la vie sans amour, sans bonheur, sans émerveillement, sans exaltation, sans folie... Mais quand le désir ne parvient plus à s'orienter ailleurs que dans l'achat de marchandises, un vide impossible à combler se dévoile: plus on achète, plus on achètera pour retrouver une satisfaction très temporaire à un désir que l'on pourrait orienter vers ce qui nous rend radicalement heureux: la relation profonde et authentique aux autres, un lien conscient à la nature, au cosmos, une vie spirituelle, un engagement social, du bénévolat, un repas où l'on rit du bonheur d'être ensemble, entre amis ou en famille...

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