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«Si l'entraide était la norme dans les villages... (Photothèque Le Soleil)

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«Si l'entraide était la norme dans les villages du monde il n'y a pas si longtemps, ces systèmes tombent en désuétude avec l'avènement de la société de consommation et la valorisation de l'individualisme», estime l'auteur.

Photothèque Le Soleil

 

Nicole Huybens
Le Quotidien

Mardi a eu lieu le lancement du Service d'Échange Local (SEL) Saguenay. L'organisation a été initiée par l'Éco-Kartier pour favoriser le partage de services entre particuliers en utilisant le temps comme référence pour comptabiliser le don et le contre-don. Par exemple, un membre offre une heure de son temps en ménage et reçoit en retour une heure de réparation de son grille-pain, ou de gardiennage, de comptabilité, de cuisine, de cours d'informatique ou de couture, etc. Au SEL, tout le monde est égalitairement riche de 24h par jour! Les compétences des uns valent les compétences des autres, quelle que soit la valeur monétaire qu'elles auraient dans le système économique classique.

Une formation sur le fonctionnement et le code d'éthique du SEL a été offerte lundi et ce processus se renouvellera régulièrement: les membres s'engagent volontairement hors des sentiers battus de l'économie traditionnelle, ils savent ainsi à quoi s'attendre. Il existe une page Facebook et un site internet faciles à trouver avec les mots clés «SEL Saguenay». Vous pouvez aussi vous rendre au 129 rue Jacques-Cartier Est (local 302).

Il existe 45 SEL au Québec. Ils font partie d'un réseau mondial toujours plus florissant d'initiatives très diverses qui favorisent l'entraide, le partage, l'égalité et la valorisation des compétences de chacun. L'idée fondamentale est de mettre en place au niveau local, là où n'importe qui peut faire quelque chose pour changer le monde, une société plus collaborative que compétitive.

Si l'entraide était la norme dans les villages du monde il n'y a pas si longtemps, ces systèmes tombent en désuétude avec l'avènement de la société de consommation et la valorisation de l'individualisme. Mais des changements majeurs se profilent à l'horizon: l'économie est au ralenti et les problèmes environnementaux s'accroissent. L'idée d'une croissance qui va repartir est une utopie bien plus grande que l'idée qu'il faut régénérer des pratiques oubliées en les adaptant à l'époque contemporaine. La collaboration n'est pas plus «naturelle» que l'individualisme: les deux s'apprennent. Des structures pertinentes sont indispensables pour inciter les humains à coopérer parce que nous avons surtout appris à être indépendants les uns des autres et à nous servir de l'argent comme monnaie d'échange.

Les initiatives de transition, comme les SEL, sont des laboratoires à l'échelle mondiale pour changer le monde inégalitaire et polluant que nous connaissons. Les «transitionneurs» reconnaissent l'ampleur et le caractère inacceptable des problèmes environnementaux et sociaux de l'heure. Ils choisissent d'y répondre au niveau local et de manière collaborative, parce que c'est à peu près le seul endroit où la plupart des gens peuvent devenir des acteurs impliqués dans la construction d'un monde plus libre, plus juste, plus vert et plus responsable. Ils passent d'une attitude «grogne, contestation, colère, accusation des autres et impuissance» à un mode «grogne, contestation, motivation, action et autonomisation» en construisant des petits systèmes robustes et résilients à l'échelle humaine qui permettront de mieux faire face aux chocs économiques, sociaux et écologiques à venir.

Il y a des effets pervers diront certains. Par exemple, du travail échangé entre particuliers peut retirer de l'emploi à des professionnels. Phénomène sans doute marginal, mais on ne peut le nier. Idéaliste, utopiste, une mode qui va passer peut-être... mais au moins on ne peut pas dire que ce soit irréaliste puisque les initiatives existent, se diversifient et se mondialisent.

Nicole Huybens remet son cachet au Fonds de développement de l'UQAC.

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