Le sens de ma vie

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«Nous n'aimons pas parler de la mort, nous... (PHOTO THINKSTOCK)

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«Nous n'aimons pas parler de la mort, nous détournons les yeux du deuil, nous essayons d'occuper notre esprit et nos mains avec autre chose quand la fin de la vie nous tombe dessus avec ses griffes et sa douleur. Pourtant, vivre avec le deuil, c'est accepter la nature de notre condition humaine», écrit l'auteure.

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Nicole Huybens
Le Quotidien

L'unique soeur de ma maman est décédée la semaine dernière des suites d'un cancer. J'avais seulement deux tantes qui n'ont pas eu d'enfants, je n'ai donc aucun cousin et ma famille est toute petite. Ainsi s'arrête une histoire, celle que je partageais avec elle, ces moments d'enfance où elle-même était si jeune et revenait faire la lessive chez ses parents, mes grands-parents. Il y a aussi ces moments d'adolescence où elle a été une confidente lors de la première cigarette fumée en cachette: elle était la prof de gymnastique de l'école secondaire que je fréquentais entre 15 et 18 ans. Je lui rendais visite chaque fois que je revenais en Belgique, elle trouvait ces moments trop courts et aurait voulu que je revienne «pour du bon». Le décès d'un proche c'est une épreuve difficile et l'océan qui nous séparait me la fait vivre avec beaucoup de détresse. Je ne prendrai pas l'avion pour assister à une cérémonie dont elle ne peut rien savoir et je vais vivre par procuration un moment d'adieu si important pour «faire son deuil» comme on dit. J'ai écrit un texte, mon frère le lira. Il y aura nos fleurs à mes enfants et à moi. Et puis c'est tout, c'est une fin, une disparition, un insondable départ sans retour, l'absurde injustice de la vie.

Ma collègue et amie Nicole Bouchard a imaginé un site Internet pour redonner à la mort son importance. http://www.uqac.ca/lepassage/

On peut y lire: «Le mot passage signifie l'action, le fait de passer. Il évoque un chemin, une traversée, un couloir, une autre rive». Le site est une plateforme web reliée à un compte Facebook. Il offre «un lieu et un espace de dialogue à ceux et celles qui vivent avec la maladie, sont en deuil, qui soignent et prennent soin d'un proche». Je suis allée lire les récits de ceux qui acceptent d'écrire la façon dont ils vivent ces moments presque tabous du passage entre la présence de quelqu'un et son absence absolue. Nous n'aimons pas parler de la mort, nous détournons les yeux du deuil, nous essayons d'occuper notre esprit et nos mains avec autre chose quand la fin de la vie nous tombe dessus avec ses griffes et sa douleur. Pourtant, vivre avec le deuil, c'est accepter la nature de notre condition humaine. Et cette acceptation est source d'un apaisement plus profond et plus serein qu'une fuite dans n'importe quelle activité pour éviter de penser.

Vivre avec l'absence de Tante Eliane, c'est son numéro de téléphone que je ne composerai plus jamais, une organisation de mes séjours en Belgique où elle sera désormais toujours absente, des souvenirs d'enfance que je ne pourrai plus jamais évoquer avec elle ni avec personne ici. C'était la soeur de ma maman, elle lui ressemblait tellement. C'est pour cela que c'était aussi un peu maman, décédée il y a 20 ans, que je retrouvais lors de mes séjours en Belgique. Toute mon histoire ancienne est inscrite dans des maisons qui ne sont plus habitées par des membres de ma famille. La vie ne permet aucun retour en arrière, il faut passer quoiqu'il arrive. Vivre le deuil représente un tournant de vie pour ceux qui restent. Mon urgence de vivre est devenue tout à coup plus forte avec la conscience de son âge et donc du mien. Notre propre vie accompagne chacun d'entre nous 24heures sur 24pour un temps limité et heureusement inconnu, mais devant l'absurdité de la mort, on prend conscience que personne n'a l'éternité devant lui. Alors je reprends pied dans ma propre vie en m'accrochant à l'importance d'agir pour permettre à ceux qui nous suivront de vivre longtemps et heureux avec une nature vue enfin comme une partenaire de l'humanité.

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