Une tendance lourde: la suite

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

(Saguenay) Dans ma dernière chronique, je soulignais que l'achat massif de terres agricoles par des institutions financières, à l'échelle mondiale, dans un contexte de changements climatiques, représentait un risque important pour l'avenir de l'agriculture régionale. Nous allons tenter ici de voir pourquoi.

LoiLa tendance à l'accaparement de terres agricoles pour des fins spéculatives n'est pas nouvelle. Déjà, dans les années 60 et 70, dans les pays industrialisés, de très nombreux promoteurs se sont appropriés des terres agricoles en périphérie des villes pour construire des banlieues, des parcs industriels et des centres commerciaux. Heureusement, la Loi sur la protection du territoire agricole est venue mettre un frein à cet appétit en 1978. Aujourd'hui toutefois, on assiste à un mouvement mondial, comme en témoigne l'Organisation de Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO). Ce mouvement, présent sur tous les continents, se traduit par l'appropriation de terres agricoles productives qui sont achetées par des entreprises, souvent multinationales, par des intérêts étrangers, par des fonds de pension ou par des banques. Ces acteurs économiques peuvent maintenir l'activité agricole sur les terres qui deviennent leur propriété, soit en opérant elles-mêmes les activités de production et en achetant les produits ou en faisant opérer des tiers selon un régime qui s'apparente plus ou moins au métayage. En effet, la terre peut être opérée par un agriculteur copropriétaire ou locataire, ou simplement par des employés agricoles. Ce mode de propriété des terres par le grand capital gagne du terrain à une vitesse fulgurante, au point d'inquiéter la FAO.

Il faut comprendre que ce mode d'agriculture est définitivement voué à la production industrielle de commodités agricoles destinées à un marché mondial. Pour certains pays comme la Chine, l'achat de terres sur d'autres continents constitue une assurance pour sa sécurité alimentaire. Pour d'autres acteurs économiques patients, ce qui est espéré, c'est une augmentation de la valeur foncière, la production agricole ne servant qu'à amortir l'investissement dans un horizon de 30 ou 40 ans. Pour des entreprises intégrées enfin, la propriété des terres et des exploitations agricoles permet de contrôler toute la chaîne de valeurs et de récupérer les subventions de l'état destinées au soutien agricole. Bref, il n'y a là aucune philanthropie.

Processus

Dans moins de 30 ans, il y aura deux milliards d'humains de plus à nourrir et de moins en moins de terres agricoles par personne. Sachant que la population sera à plus de 70% urbanisée en 2050 et que le climat planétaire aura progressé d'au moins un degré Celsius de plus qu'aujourd'hui, la valeur des terres agricoles ne fera qu'augmenter et leur valeur stratégique dans un tel contexte deviendra un enjeu de pouvoir mondial. En effet, beaucoup de terres actuellement productives seront affectées par des déficits en eau qui rendra leur production aléatoire, augmentant ainsi la volatilité des prix des aliments et produits agricoles. Au Québec, en revanche, nous vivrons dans un climat qui sera de 2 à 3 degrés plus élevé en moyenne annuelle, ce qui devrait favoriser la production agricole en général. Pourquoi devrions-nous nous inquiéter de cette tendance ?

L'agriculture n'est pas une activité comme les autres. Elle consiste à un investissement d'argent, de travail et de connaissances dans la gestion d'un écosystème complexe dont l'agriculteur tente d'obtenir une valeur ajoutée année après année. L'agriculteur est fiduciaire de la qualité de sa terre, de son environnement, de sa région. Cela n'est pas le cas pour le capital financier.

Au Québec, nous avons la chance d'avoir réussi à maintenir une classe agricole locale, dynamique et imaginative, malgré les tendances lourdes à l'échelle nord-américaine. Le contrôle de l'offre, malgré ses détracteurs, est une des composantes de ce succès. En cédant à la tendance de l'appropriation des terres par le capital financier, nous nous engageons dans un processus dont la région ne peut que sortir perdante.

Claude Villeneuve remet son cachet au fonds de développement de l'UQAC.

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