De Chicout à Riki, en passant par Chiboum

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«Je n'avais jamais vraiment pensé aux surnoms qu'on... (Archives La Presse)

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«Je n'avais jamais vraiment pensé aux surnoms qu'on donne à nos municipalités jusqu'à tout récemment.»

Archives La Presse

Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je suis née à Chicout, j'ai vécu à Jonq et aujourd'hui, j'habite à 'Baie. Lorsqu'on allait au chalet à Sainte-Rose, nous devions passer par Saint-Ful et, petite, j'adorais aller au zoo de Saint-Fé.

Je n'avais jamais vraiment pensé aux surnoms qu'on donne à nos municipalités jusqu'à tout récemment. Naïvement, je croyais que nous étions les seuls au Québec à utiliser des petits surnoms affectueux pour nos villes. Évidemment, j'avais tort. Il y a bien sûr Victo, Drummond et Shawi qui sont particulièrement connus, mais en pénétrant plus profondément au coeur des régions, j'ai été ravie d'en apprendre plus sur ces jolis sobriquets.

En visite dans le Bas-Saint-Laurent, communément appelé le «Bas» par ses habitants, j'ai commencé à vouloir rebaptiser les municipalités que je visitais, afin de mieux m'imprégner de la culture.

«Est-ce qu'on va à Trois-Pis ? («Prononce bien le «s» ici», que je demande à mon chum, un charmant monsieur originaire de Kamouraska (Kamou, pour les intimes).

«On ne dit pas Trois-Pis, on dit Trois-P», me corrige-t-il, le plus sérieusement du monde. C'est à ce moment que j'ai voulu en apprendre encore plus sur les pseudonymes des municipalités du Québec.

Finalement, après Trois-Pistoles, on se dirige vers Rivière-du-Loup. J'avais bien hâte de savoir si les Loupérivois et les Loupérivoises (n'est-ce pas magnifique comme gentilé ?) surnommaient leur municipalité. J'ai été un peu déçue d'apprendre que Rivière-du-Loup, pour les initiés, s'appelle simplement RDL. Ce n'est pas plus compliqué que ça.

Si RDL m'a un peu déçue, je me suis rattrapée avec Rimouski, une centaine de kilomètres plus loin. Voulant faire un arrêt à «Rimouss», que j'avais rebaptisé pour l'occasion, je demande à mon hôte comment les gens d'ici appellent Rimouski. «Ici, on dit Riki, pas Rimouss franchement!», m'apprend-il. Avouez que c'est mignon comme tout!

De retour dans ma région natale, j'ai poussé mes recherches un peu plus loin pour apprendre qu'à Dolbeau-Mistassini, par exemple, les citoyens appellent leur ville Mistass, que ce soit à Dolbeau ou à Mistassini. On dit Chiboum pour Chibougamau. On dit Tadou plutôt que Tadoussac.  

Évidemment, on dit Métabet et Saint-Ged, mais qu'en est-il de Roberval et de Chambord ?

J'aime penser qu'on dit Lac-Boubou pour Lac-Bouchette, mais ça, je l'ai un peu inventé...

Sur la Côte-Nord, les plus jeunes utilisent les initiales B.C. (prononcé ici Bici) pour Baie-Comeau. À Forestville, on a abandonné le «ville» pour simplement dire Forest.

En Abitibi-Témiscamingue, il faut bien distinguer l'Abitibi du Témiscamingue, au même titre qu'on distingue le Saguenay du Lac-Saint-Jean. Et on dit le Témis plutôt que le Témiscamingue, m'a-t-on expliqué.

Je n'ai toutefois pas été capable de savoir s'il y avait des surnoms dans le coin de Québec et de Lévis. Il semblerait que non, mais j'imagine que les résidants de là-bas ont dû, un jour ou l'autre, rebaptiser leur municipalité. Même dans le Nord-du-Québec, on surnomme les municipalités et les communautés autochtones. On dit simplement Waska pour Waskaganish, une petite communauté crie située aux abords de la Baie-James.

Si Trois-Pistoles se surnomme Trois-P, à Trois-Rivières, on dit plutôt Trois-Ri. Eh oui, c'est aussi compliqué que la langue française.

Charmantes expressions

Si j'aime découvrir les petits noms affectueux qu'on donne à nos villes, je préfère encore apprendre les expressions d'ailleurs durant mes escapades régionales. Mais, ce que j'aime particulièrement, c'est lorsque les gens d'ailleurs découvrent les nôtres.

Comme cette fois où j'ai dit à mon chum de mettre sa «flotte» parce qu'il n'avait pas ses fonds.

«Quoi ?», me lance-t-il, comme si je venais de lui parler en chinois. Je lui répète, croyant que je n'avais simplement pas parlé assez fort. Eh bien non, il n'avait pas compris ce que signifiait avoir ses fonds et mettre une flotte. Ces deux expressions seraient d'ailleurs réservées aux Jeannois et aux Saguenéens. Ailleurs, on parle mieux, on dit gilet de sauvetage.

«Et vous dites quoi, lorsque vous n'avez pas vos fonds ?», que je demande à mon Bas-Laurentien. «On dit qu'on ne touche pas au fond.»

S'il riait un peu de moi et de nos expressions, je me suis bien rattrapée, quelques semaines plus tard, dans son coin de pays.

«As-tu vu ton cousin, il est en train de se loger ?», demande la maman de mon Kamouraskois. Je n'accorde pas trop d'importance à l'emploi curieux du verbe loger à ce moment, jusqu'à ce que je réentende cette expression trois fois au cours de la même journée. Il était toujours question de ce cousin qui, apparemment, se logeait une grande maison. J'ai appris que par chez eux, se loger signifie se faire construire une maison.

Ça me surprend toujours de voir que certaines expressions ne traversent pas les frontières naturelles des régions du Québec. Je n'avais jamais entendu qu'on pouvait se loger une maison. Pourtant, il n'y a que le fleuve Saint-Laurent et Charlevoix qui nous séparent.

Mais bon, c'est sans doute ce qui fait le charme de chacune des régions du Québec.

Pendant ce temps, chez nous, on continue de faire simple en nageant avec une flotte quand on n'a pas nos fonds.

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