Déménageuse en série

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«Donc, les déménagements, ça ne me fait pas... (Photo 123RF)

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«Donc, les déménagements, ça ne me fait pas vraiment peur, mais je ne peux pas dire que j'apprécie l'activité!»

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Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Au moment où vous lisez ces lignes, je suis probablement en route pour la métropole, afin de donner un coup de main à ma maman qui profite de la fête du Canada pour changer d'appartement. Parce que le 1er juillet, c'est aussi, et surtout, la fête nationale du déménagement au Québec.

Sur la 20, je vais sans doute croiser des pickups remplis de meubles et des voitures traînant des remorques chargées à bloc. Une fois arrivée à Montréal, il y aura une foule d'espaces de stationnement inaccessibles, avec des chaises bloquant l'accès sur lesquelles on aura inscrit : défense de stationner, déménagement en cours.

Le jour J, les déménageurs arriveront, ramasseront les trucs de ma mère et les charrieront jusqu'à son nouveau logis. Il fera sans doute 40 degrés avec un taux d'humidité monstre, comme tous les 1er juillet à Montréal. Ou il tombera des cordes. Ça dépend des années.

Comme c'est le cas toutes les fois, ma chère mère sera stressée et mon frère et moi tenterons de calmer le jeu. Finalement, la journée se terminera autour d'une pizza et on videra des boîtes jusqu'à tard en soirée.

Si je sais précisément comment tout cela va se passer, c'est que je suis devenue maître, depuis belle lurette, des déménagements. D'ailleurs, ça me fait bien sourire lorsque j'entends des gens dire à quel point déménager, c'est épuisant, et qu'ils espèrent ne plus avoir à le refaire jusqu'à leur mort.

Personnellement, j'ai eu 19 chambres à coucher dans ma courte existence. J'ai 30 ans, alors faites le calcul. Là-dessus, je compte toutes les fois où j'ai déménagé avec ma mère, lorsque j'étais enfant et adolescente. Que voulez-vous? Ma maman est une nomade.

Je compte aussi les chambres que j'ai eues chez mon père. Il n'a jamais été un adepte du déménagement, mais il a tout de même changé d'endroits à quelques reprises. Je compte aussi la chambre que j'ai longtemps eue au chalet, à Sainte-Rose. Et je compte aussi les appartements que j'ai loués après avoir quitté le nid familial. Je compte la maison dont j'ai été propriétaire durant près de cinq ans. Et je compte l'appartement que j'occupe depuis un peu plus d'un an.

Mais, sur ces 19 déménagements, je ne compte pas ceux auxquels j'ai participé en tant que bonne Samaritaine, juste pour donner un coup de pouce. Ils ont été assez nombreux aussi.

Alors, vous conviendrez que je devrais peut-être recevoir une médaille.

Donc, les déménagements, ça ne me fait pas vraiment peur, mais je ne peux pas dire que j'apprécie l'activité!

Et il y a des déménagements pires que d'autres. À vrai dire, les pires souvenirs qui me viennent en tête lorsque je songe à ces déménagements en série ont toujours un lien avec le ménage. Parce que c'est vraiment ça le pire, dans le fait de déménager. Se taper le ménage que les autres auraient dû faire avant d'abandonner leur loyer. Vous savez, ça écoeure tout le monde, des kleenex en boule dans le coin d'une chambre. Ça écoeure tout le monde aussi, du poil d'inconnu dans le bain. Et non, on ne l'utilisera pas, votre reste de savon laissé dans la douche en guise de cadeau de bienvenue. Personne n'en veut, de vos vieux bouts de savons usagés, alors hop, à la poubelle, de grâce!

C'est comme l'an dernier, alors que je m'étais rendue à Montréal pour aider ma mère à déménager (je vous l'ai dit que c'était une nomade) et que j'avais décidé d'aller en éclaireur à son nouvel appartement, pendant qu'elle et mon frère attendaient les déménageurs à son ancien loyer. Nous n'avions pas pu aller faire le ménage plus tôt parce que les anciens locataires déménageaient en même temps qu'elle. Nous avons donc eu l'appart environ deux heures avant que ses meubles y pénètrent. Lorsque j'ai passé la porte, seule, j'ai failli pleurer. Des tas de cochonneries jonchaient le sol. Les anciens locataires avaient tout de même pris la peine de faire des tas dans les coins des pièces, mais n'avaient pas eu la force de transférer lesdits tas dans les poubelles extérieures. Des taches collantes étaient bien en vue sur le plancher de la cuisine. Les kleenex en boule d'une couleur douteuse dans les coins de la chambre, c'était là.

Et je vous épargne l'état de la salle de bain. Des bouts de savons, ils nous en avaient laissé quelques-uns. Merci, mais nous en avions des neufs, alors on ne les a pas gardés, vos savons usagés...

Paniquée, j'ai texté mon frère.

«Message d'une importance capitale. Stop. Tu dois venir me rejoindre immédiatement. Stop. Ne dis rien à maman. Stop. On a deux heures pour faire un grand ménage, sinon, maman va faire une crise cardiaque. Stop.»

On a battu des records cette journée-là, mon frère et moi. Et on l'a mérité, notre pizza.

Je me suis alors promis que c'était la dernière fois. Jusqu'à la prochaine...

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