La fois où nous sommes devenues des déesses

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C'est à ce genre d'épreuves que les participants... (Courtoisie, Patrice Lapointe)

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C'est à ce genre d'épreuves que les participants étaient confrontés. Un vrai bonheur!

Courtoisie, Patrice Lapointe

Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il était une fois trois filles avec une idée plutôt folle.

Moi, Dominique et Mélanie, à la ligne d'arrivée,... (Courtoisie) - image 1.0

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Moi, Dominique et Mélanie, à la ligne d'arrivée, bien fières d'avoir relevé le défi. Je peux vous dire que la médaille a un pouvoir insoupçonné!

Courtoisie

C'était il y a une dizaine de jours. Mélanie, Dominique et moi travaillions en soirée au journal. Ce soir-là, notre collègue Johanne signait un texte sur la Course des Dieux, qui devait avoir lieu dans trois jours, au Mont-Fortin de Jonquière. Vous savez, ce genre de course à obstacles qui réunit des centaines de personnes prêtes à relever le défi de courir, monter des structures, se rouler dans la boue et charrier des poches de sable dans des côtes qui n'en finissent plus.

Ça faisait un petit bout que je voulais essayer ça. J'ai donc lancé l'idée à Mélanie et Dominique, me doutant qu'à trois jours d'avis, la réponse serait négative. Il faut dire que personne d'entre nous ne passe des heures au gym. Eh bien, le lendemain, nous étions toutes les trois inscrites. L'événement avait lieu dans deux jours. Advienne que pourra.

Gonflée à bloc, je me croyais invincible, moi qui pratique le jogging plusieurs fois par semaine depuis quelques mois. Je me suis dit que surmonter quelques obstacles au passage serait un jeu d'enfant. Inutile de dire que je minimisais la situation.

Samedi matin, nous devions être au Mont-Fortin pour 9 h, puisque le départ se faisait à 10 h. Je n'avais presque pas dormi, tellement j'étais fébrile. Ne sachant pas trop à quoi nous attendre, nous avions toutes les trois bien hâte de nous élancer. Nous étions prêtes à affronter le parcours de 5 km tout en côtes (c'est un mont de ski, ne l'oubliez pas) et parsemé d'une trentaine d'obstacles.

Ça nous a pris 2 h 22. Un peu plus de deux heures à se battre contre nos propres limites. Et si vous aviez vu l'état de nos corps dans les jours suivants la course, vous comprendriez qu'on a dépassé un peu ce que nous étions capables de faire...

J'ai tripé comme un enfant. M'immerger dans l'eau glaciale jusqu'au cou avant de traverser un champ de boue recouvert de barbelé, escalader des murs de pneus, grimper des structures de bois, glisser dans des tuyaux et atterrir dans un trou rempli d'eau et de terre, gravir des pentes de ski le plus rapidement possible; nous avons relevé le défi, même si mon orgueil en a pris un coup à quelques reprises... D'ailleurs, je n'ai pas eu le temps de remercier le petit gars qui m'a tirée par les bras pour que je réussisse enfin à monter au sommet d'une structure de bois sur laquelle je n'arrivais pas à grimper. Tu m'as pas mal impressionné, toi qui n'avais pourtant pas le physique de Hulk, mais qui m'as propulsée au sommet comme si je pesais 90 livres ! Merci de m'avoir évité l'humiliation publique, cher inconnu.

On a finalement passé la ligne d'arrivée en trottant, n'ayant plus aucune force pour courir. La médaille au cou, on s'est fait photographier par les parents de Dominique le sourire fendu jusqu'aux oreilles et prêtes à relever n'importe quel autre défi. C'était avant que notre corps commence à envoyer le message à notre cerveau. La course, ce n'était rien comparativement à ce qui nous attendait.

Honnêtement, la dernière fois que j'ai été maganée de même, c'est quand j'ai eu un accident de char, il y a de ça quelques années. Et ce n'était pas un simple accrochage. Au moment où vous lisez ces lignes, mon pauvre corps est encore couvert de bleus et je n'ai toujours pas retrouvé l'usage complet de mes membres supérieurs. J'ai eu toute la misère du monde à m'habiller et à me déshabiller durant quelques jours et j'ai découvert que je pouvais avoir mal à des muscles dont j'ignorais même l'existence. Me lever de mon lit était un vrai supplice et je m'y laissais tout simplement tomber lorsqu'était venu le temps de me coucher.

Comme on dit, j'ai payé. Mais participer à un tel événement, c'est comme accoucher. On se dit qu'on ne le refera plus jamais, tellement on a eu mal, mais un coup la douleur passée, le sentiment d'accomplissement est si grand qu'on a simplement hâte de s'y remettre. Bon, j'exagère sans doute un peu avec ma comparaison, mais vous pouvez être sûrs que je serai de retour au poste l'an prochain et certainement avant.

Et pour ceux et celles qui hésitaient à participer à ce genre de courses, allez-y! Vous savez maintenant que n'importe qui peut y arriver. Mais si vous êtes comme moi et que vous n'excellez pas dans l'art des push-up et que vous manquez un peu de force dans les épaules, prenez quelques jours de congé pour vous en remettre.

Et même si ça vous prend plus de temps que les autres, que vous devez ramper pour vous déplacer les jours suivants et que vous avez l'air d'avoir mangé une raclée dans une ruelle tellement vos bras sont bleus, dites-vous que tout le monde a le droit, un jour ou l'autre, de devenir un dieu ou une déesse.

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