Ou ignorer le prévisible

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«Il faut admettre que je ne suis pas la personne la plus prévoyante que la Terre ait portée.»

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Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Tout comme ma collègue Catherine, il est bien difficile pour moi de vous dire où je serai dans 10 ans. Je ne sais même pas si je travaille lundi prochain, alors comment pourrais-je savoir où je me vois dans deux, cinq ou dix ans ? Je crois d'ailleurs que cette incapacité à se projeter dans un avenir plutôt lointain, et parfois même rapproché, est quelque chose de propre à ma génération. Ça n'existe pratiquement plus, les gens de mon âge qui termineront leur carrière au même endroit où ils l'ont commencé. Avez-vous déjà entendu un Y dire qu'il prendra sa retraite à 60 ans ou que sa maison sera payée à 55 ans ?

Personnellement, je n'y rêve même pas et je n'ose surtout pas y penser.

Il faut admettre que je ne suis pas la personne la plus prévoyante que la Terre ait portée. Actuellement, si vous fouillez ma voiture, vous ne trouverez pas un second manteau ou des bottes plus chaudes comme ma chère collègue, cette reine de la prévoyance. Vous trouveriez plutôt une paire de sandales qui traîne dans le coffre de mon auto depuis la fin de l'été passé. Vous allez aussi découvrir des sacs de vêtements que je prévoyais aller donner dans une friperie, mais les sacs se trouvent toujours dans mon coffre des mois plus tard. Vous allez peut-être aussi découvrir de vieux plats de plastique et un casque de moto.

Imaginez, je n'ai même pas de galon de lave-vitre en réserve et j'attends souvent à la toute dernière minute pour faire le plein d'essence, au risque de tomber en panne sur le boulevard Saint-Jean-Baptiste. J'ai deux phares brûlés sur mon auto depuis maintenant plus d'un an. Je me suis lancé le défi de ne pas les changer jusqu'à ce que je sois dans l'obligation de le faire. C'est peut-être plus de la paresse qu'un manque de prévoyance, mais bon, c'est seulement pour vous donner un exemple.

Alors, pensez-vous réellement que je suis le genre de personne à traîner un fil et une aiguille advenant le cas que je brise ma robe durant un mariage, comme le prévoirait encore une fois ma très chère amie et collègue ? Impossible. Si tel est le cas, je passerais la cérémonie en ayant l'air de la chienne à Jacques ou bien je sortirai ma carte de crédit pour m'offrir une seconde robe. Je sais, ce serait plus logique de traîner un fil et une aiguille, mais à bien y penser, je n'ai même pas de coffre à couture à la maison. Bon, encore un manque de prévoyance...  

Ce n'est pas pour rien que j'ai été dans l'obligation de patienter des heures, à de nombreuses reprises, sur un fait divers pour le journal en talons hauts. Et les compagnies de brosses à dents doivent faire une petite fortune avec moi, car toutes les fois que je pars en voyage, c'est immanquable, j'oublie la mienne.

Pourtant, je paie mes comptes à temps, je ne remets jamais mes textes en retard et je suis la personne la plus ponctuelle du monde.

Vraiment, je suis remplie de contradictions. Mais j'imagine que c'est ça qui fait mon charme.

Sur ce, je m'en vais sur le champ porter les sacs de linge qui traînent dans mon auto depuis des lustres, c'est promis.

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