Votre cellulaire vous surveille

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CHRONIQUE / J'avais un rendez-vous, j'étais en retard. J'ai pris mes clés, mon... (123rf)

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Catherine Doré
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'avais un rendez-vous, j'étais en retard. J'ai pris mes clés, mon sac à main, mon sac à lunch, une pomme, un chandail plus chaud pour la soirée, un livre à rendre à la bibli, la récupération pour la mettre dans le bac...Vous ne serez donc pas surpris d'apprendre que dans ce fouillis, j'ai réussi à oublier mon cellulaire à la maison! Il me fallait donc vivre toute une soirée sans «mon précieux».

On m'a dit que c'était comme sortir nu. Que ça ne se faisait pas.

J'ai passé la soirée au travail à me demander si quelqu'un essayait de me rejoindre. Si j'entendais sur les ondes de police que l'on recherche une jeune femme de 28 ans, cheveux bruns, 5pi10, qui n'a pas donné de nouvelles depuis trois heures...

J'ai dit à mes collègues qu'au moins, j'avais réussi à échapper à l'oeil de Google pendant quelques heures. «Comment ça?», a-t-on répondu en choeur.

Et là j'ai été obligé de leur dire, de briser leurs illusions. Comme je vais le faire avec vous maintenant.

Google a ce qu'on appelle la fonction «Vos trajets» (ou «timeline») accessible via le www.google.com/maps/timeline. L'outil permet de voir nos déplacements pour une date donnée grâce à la géolocalisation. Ça existe depuis 2009 déjà, donc vous imaginez la quantité impressionnante de données qu'ils ont sur vous et moi!

Il sait que le jeudi 23 janvier 2014 (!), je suis partie à 13h44 de chez moi pour me rendre chez mes parents, que j'ai quitté à 15h48 pour me rendre au bureau, où je suis arrivée à 16h09 au 1051 boulevard Talbot (oui, je suis arrivée en retard il y a deux ans boss, je m'excuse). Il sait que j'ai pris quelques minutes pour aller à pied (c'est aussi précisé) me chercher à manger, puis que j'ai quitté le journal à 0h09 pour aller prendre une bière avec les collègues, pour rentrer sagement à une heure pas si sage. Il se souvient de tout ça, même deux ans plus tard!

Google sait donc où j'habite, où je travaille, où je magasine, où je fais mon épicerie: forcément, ce sont les points où je reviens toujours. Il fait quelques erreurs, mais répertorie généralement la plupart des trajets.

Et ne venez pas me dire que vous êtes à l'abri parce que vous avez un iPhone au lieu d'un Android. Vous utilisez Google Maps? Google mémorise vos trajets. Google vous regarde.

Vous ne l'utilisez pas? Sachez qu'Apple enregistre les mêmes données. Ceux qui ont fait la récente mise à jour l'ont sans doute remarqué: chaque matin, leur iPhone leur dit combien de temps il leur faut pour se rendre au travail et si la circulation est fluide. Un collègue me disait même que la fin de semaine, l'appareil lui disait le temps pour se rendre à l'aréna, puisqu'il y joue à la même heure chaque samedi. Parce que le cellulaire a enregistré ses habitudes!

Il est possible d'empêcher cette fonction en désactivant «l'historique des positions» sur son compte Google. Cependant, chaque mise à jour nécessite une vigilance, au cas où les données par défaut seraient restaurées.

Maintenant, où est-ce que cela va s'arrêter? Vous avez peut-être une de ces nouvelles montres qui tient compte de votre forme physique (battements cardiaques, sommeil, activité physique, etc.). Qui sait à qui ces données peuvent être utiles? Un assureur intéressé par vos chances de faire une crise cardiaque?

Le hic, c'est que je ne peux plus imaginer vivre sans cette boîte à outils techno.

Pour les curieux, sachez que j'ai survécu aisément à ma soirée sans cellulaire. À mon retour, j'avais un appel manqué et quatre messages, dont deux provenaient d'une amie qui a découvert comment envoyer des boules de feu par message texte via son iPhone. On ne peut quand même pas se passer de ça!

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