Le luxe du temps

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CHRONIQUE / Plus tôt cette semaine, j'ai rencontré un amoureux du Queen Mary... (123rf)

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Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Plus tôt cette semaine, j'ai rencontré un amoureux du Queen Mary II. J'ai réalisé une entrevue avec cet homme qui, avec son épouse, se prépare à faire sa huitième traversée de l'Atlantique à bord de ce navire. N'ayez crainte, je ne vous parlerai pas du Queen Mary II encore aujourd'hui... Je pense qu'on a fait le tour cette semaine.

Mais, lors de notre discussion, il m'a parlé d'un aspect qui lui plaît particulièrement lorsqu'il monte à bord du navire à partir de Londres, en direction de New York. Le luxe du temps.

«Nous vivons dans un monde où tout va si vite. On ne fait plus ça, rentrer dans une ville par un port. Lorsqu'on embarque, on sait qu'on sera de l'autre côté dans six jours. Il y a Internet, bien sûr, mais ce n'est pas pareil. Nous ne sommes pas pressés. Nous avons le luxe du temps», m'a-t-il dit. Notre discussion a alors bifurqué sur ce sujet. Aujourd'hui, avec les cellulaires, Internet, les textos, Facebook, rares sont les réels moments de solitude. Difficile d'échapper à ce monde virtuel ne serait-ce que quelques heures.

Mon patron a besoin de moi? Il n'a qu'à me texter. Advenant le cas que je préférerais ne pas répondre, je dois surveiller mes arrières. Imaginez que j'ignore son texto et que je me connecte sur Facebook, comme je le fais 100 000 fois par jour, et qu'il s'aperçoit que je suis en ligne, il pourra alors m'envoyer un petit message via ma messagerie privée. Et je serai faite à l'os...

Je dis ça en riant, bien sûr, puisque ce n'est pas mon genre de me sauver de mon cher patron!

Mais tout de même, en 2016, il est bien difficile de se faire oublier. Il n'y a pas si longtemps, si on voulait rejoindre quelqu'un, on avait une seule solution: téléphoner chez lui. S'il n'était pas à la maison eh bien, soit, on devait attendre qu'il prenne notre message, s'il avait bien sûr un répondeur.

On attendait quelqu'un qui traversait le Parc des Laurentides? Eh bien on n'avait pas de nouvelles de lui durant au moins deux heures. Il fallait bien qu'il les roule, les 200 kilomètres. Aujourd'hui, si on attend quelqu'un qui a une longue route à faire, on peut toujours l'appeler, le texter et même le «facebooker», afin de savoir où il est rendu. Et hop, nous recevons une petite photo de lui, qui se fait un selfie devant l'Étape, pour nous informer qu'il arrivera dans environ une heure... Pire encore, ceux qui ont activé la fonction «Amis à proximité» sur leur compte Facebook pourront avoir une idée du nombre de kilomètres qui les séparent de la personne attendue. C'en est presque devenu épeurant.

Je vous l'ai déjà dit lors de précédentes chroniques, je n'ai pas le fameux 3G sur mon cellulaire. Je n'ai donc pas accès à Internet partout où je vais. Et c'est un peu pour cette raison. Je me dis que ce n'est pas mauvais de ne pas pouvoir me connecter lorsque je fais une balade en forêt... Mais je vous avoue que j'ai souvent hâte de rentrer à la maison, histoire de voir si j'ai reçu de nouvelles notifications ou des nouveaux messages... Et discuter au téléphone avec notre chum qui se trouve à l'autre bout du monde, ce n'est plus assez. Il faut le voir via Facetime ou Skype.

J'en suis venue à courir les WiFi, allant jusqu'à m'arrêter dans les stationnements des Tim Hortons, Jean Coutu ou McDonald's, où je sais qu'ils offrent le réseau jusqu'à l'extérieur. Pathétique, me direz-vous. Peut-être. Mais je me rassure en me disant que je ne dois pas être la seule à faire ça. Du moins, je l'espère... Sinon, je suis vraiment bonne à enfermer!

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