Ce petit côté vulnérable

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Une dame d'une quarantaine d'années a déposé une... (Archives Le Quotidien, Yohann Gasse)

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Une dame d'une quarantaine d'années a déposé une plainte d'agression sexuelle à la suite d'une rencontre qui aurait mal tourné avec un homme dans les sentiers du parc de la Rivière-du-Moulin mardi.

Archives Le Quotidien, Yohann Gasse

Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / La nouvelle de l'agression sexuelle qui aurait été commise au parc Rivière-du-Moulin de Chicoutimi a fait couler beaucoup d'encre, cette semaine. Un petit vent de panique a soufflé sur les utilisatrices du parc. Plusieurs ont affirmé maintenant craindre de s'y balader seules.

«Ben voyons, il ne faut quand même paniquer», m'a lancé un collègue masculin, lorsque nous parlions de cette peur qu'ont les femmes de se promener seules dans les bois.

C'est vrai, il ne faut pas paniquer. Mais ce sentiment d'insécurité, certains hommes ne le ressentiront jamais. Ou que très rarement.

Moi non plus, je n'aime pas marcher ou courir à la pénombre, dans des lieux peu fréquentés. Je n'aime pas tomber nez à nez avec un homme, qu'il ait l'air louche ou pas. Même la femme la moins méfiante aura cette petite pensée désagréable qui lui traversera l'esprit lorsqu'elle croisera un individu dans un sentier désert.

Personnellement, je ne suis pas la femme la plus méfiante que la terre ait portée. Et lorsqu'on a appris que la rencontre entre la présumée victime et son présumé agresseur était planifiée, je me suis dit que ce genre d'histoire aurait bien pu m'arriver.

On ignore ce qui s'est réellement passé. Mais il m'est arrivée, moi aussi, de rencontrer des inconnus en tête à tête, pour des raisons professionnelles ou personnelles.

Je me souviens d'ailleurs d'un dimanche, au bureau, lorsque j'avais reçu un individu pour une entrevue. Le dimanche, vous vous en doutez, la salle de rédaction est déserte. J'étais donc seule à seul avec cet homme qui ne m'inspirait aucune confiance. J'avais même texté subtilement mon photographe pour qu'il vienne me rejoindre. L'homme en question ne semblait pas vouloir débarrasser le plancher et Rocket, le photographe, avait repoussé sa prochaine assignation pour rester avec nous. Il tenait à ne pas me laisser seule avec cet homme plutôt étrange.

Probablement qu'il ne se serait rien passé. Probablement que l'individu en question aurait fini par partir. Mais il y avait cette pensée qui refusait de me quitter.

Rencontre à l'aveugle

D'un côté plus personnel, il est également facile, pour une femme, de se jeter dans la gueule du loup. Prenez les rencontres Internet, par exemple. Les filles de ma génération l'ont presque toutes expérimenté. Et je n'y fais pas exception. C'est ça, en 2016, chercher l'amour!

Ma mère n'a d'ailleurs pas apprécié que je lui raconte avoir fait la rencontre d'un charmant jeune homme que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam. J'avais même poussé l'audace à faire plusieurs kilomètres de route pour faire la connaissance de ce bel inconnu. Un homme que j'avais «rencontré» sur Internet, dans une ville qui n'était pas la mienne, et dont je ne connaissais absolument rien, sauf ce qu'il avait bien voulu me dire lors de nos conversations virtuelles.

J'aurais bien pu tomber sur un maniaque, je le sais très bien. Et c'est d'ailleurs ce que ma mère m'a lancé lorsque je lui ai raconté de quelle manière j'avais fait sa connaissance. J'y avais aussi pensé, en conduisant jusqu'à notre lieu de rendez-vous.

«Franchement, Patricia, tu aurais pu mal tomber!», m'a également lancé une amie, me faisant pratiquement la morale.

Oui, j'aurais pu mal tomber. Mais je suis finalement très bien tombée.

C'est un peu ça, les rencontres Internet. Un coup de dé. On décide de prendre le risque, ou pas. Un risque que j'ai décidé de prendre et que je ne regrette pas le moins du monde.

Mais lorsque je regarde en arrière, je sais qu'en tant que femme, on doit souvent redoubler de prudence. C'est évident que mon rendez-vous galant ne s'est jamais demandé, lui, si je pouvais être une maniaque. Et lorsque je lui en parle aujourd'hui, il me dit que cette pensée ne lui a jamais effleuré l'esprit.

Voilà une autre injustice entre les hommes et les femmes. Ce petit côté vulnérable.

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