Sage décision ?

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Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a de ces sujets qui suscitent naturellement des débats chauds. La souveraineté, la religion, les pitbulls, la prostitution...

Mais j'étais loin de me douter que les sages-femmes faisaient aussi partie des sujets à polémique.

Quand j'annonce à des collègues, des proches ou de purs inconnus que je suis suivie par ces professionnelles, j'ai droit à de fortes réactions. Autant positives que négatives. Le sujet rend rarement les gens indifférents.

Il faut dire que la profession est jeune au Québec. Légale depuis 1999, la pratique des sages-femmes est devenue réellement accessible au cours des dernières années, notamment avec les créations des maisons de naissance.

Mais encore aujourd'hui, plusieurs remettent en doute la légitimité de leur pratique. La sage-femme ferait un pied de nez inutile à la modernité. Pourquoi se contenter de l'accompagnement de ces professionnelles, plutôt que de profiter de la technologie médicale?

C'est ce que pense la majorité de mes collègues. L'un d'entre eux a même contacté sa conjointe qui travaille dans le milieu de la santé pour qu'elle confirme ses appréhensions. «Tu vas accoucher comme dans Les Filles de Caleb ou dans une grotte avec des sorcières», m'a-t-il lancé, avec, je l'avoue, un brin d'humour.

Et cette réaction n'est pas typiquement masculine. Plusieurs mères de famille de mon entourage professionnel pensent aussi la même chose. Être accompagnée par une sage-femme plutôt qu'un médecin est beaucoup trop risqué, selon elles. Comme si mon choix d'accoucher dans une maison de naissance allait mettre la vie de mon enfant en danger. «Tu n'es pas à côté des spécialistes. Et quelques minutes peuvent faire toute la différence sur ton enfant», m'ont prévenu ces mamans.

À l'opposé, j'ai des amies, mères ou non, des proches et même un conjoint qui ont approuvé mon choix. Pour eux, la grossesse, ce n'est pas une maladie. Si elle est normale, pourquoi exiger la présence d'un médecin? Certaines se sont même montrées jalouses, car le service n'était pas offert dans le secteur il y a quelques années.

Qui a raison? Difficile à dire. Les scientifiques semblent pencher de plus en plus pour cette pratique. La surmédicalisation de la grossesse aurait des effets néfastes sur la santé à long terme.

Il y a aussi l'argument financier. Les sages-femmes offriraient un meilleur retour sur investissement. C'est peut-être pour cette raison que le gouvernement a ajouté cette option au réseau de la santé. Rappelons que ce n'est quand même pas un groupe obscur qui offre le service de sages-femmes. Quoique le gouvernement ne jouit pas de la meilleure des notoriétés...

Même si j'aime croire que je suis une personne qui se laisse peu influencer, les préjugés tenaces de certaines de mes collègues m'ont un peu refroidi. J'ai beau lire les revues scientifiques, l'opinion de ces mamans m'a poussé à me questionner à nouveau. J'ai même demandé aux sages-femmes s'il y avait la possibilité de changer mon lieu d'accouchement pour l'hôpital. Parce qu'avec ce service, ce qui est fantastique, c'est qu'on peut mettre au monde son enfant où on veut, à la maison de naissance, à domicile ou au centre hospitalier.

Et la compréhension de cette équipe envers mes doutes m'a une fois de plus confortée dans mon choix. Et c'est ce qu'il faut retenir. La sage-femme, qu'on soit pour ou contre, est une autre des avancées du libre-choix des femmes qu'il faut saluer.

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