Malaise monétaire

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CHRONIQUE / Il y a cette émission de télé que j'aime parfois écouter. Ce sont... (Photo 123rf)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a cette émission de télé que j'aime parfois écouter. Ce sont des courtiers immobiliers qui vendent des maisons luxueuses sur la plage de Malibu ou sur les collines d'Hollywood. Les agents se frottent les mains à chaque vente qui leur rapporte quelques centaines de milliers de dollars. Ils vont même encourager d'autres propriétaires à mettre leur maison sur le marché, alors qu'ils n'avaient aucune intention de vendre. Tout ça dans le but avoué de faire une bonne commission. Une commission dont le montant est dévoilé dans l'émission de télévision. Les acheteurs, des vedettes, des sportifs ou des gens d'affaires, n'ont aucune gêne à acheter publiquement des maisons de 5 millions$ ou même 30 millions$.

Je sais, ce n'est pas le Canal Savoir. Que voulez-vous, le marché immobilier m'a toujours fascinée, surtout celui à l'international.

Mais l'autre jour, ça m'a sauté au visage. On ne pourrait jamais réaliser une version québécoise de cette émission. Imaginez des courtiers immobiliers se réjouir de faire de l'argent à chaque vente d'une maison. Des acheteurs prêts à dépenser une fortune pour un loft en plein coeur de Montréal ou une maison de campagne à La Malbaie.

Ça ne passerait pas ici. Les gens riches, mis à part quelques exceptions, sont timides. Ils ne veulent pas étaler leur fortune sur la place publique. Ils sont encore gênés de faire de l'argent.

Je l'ai rapidement compris à mes débuts en journalisme. J'avais interrogé une dame qui venait de vendre son entreprise pour quelques millions$. Même si ce chiffre était connu du public, la femme était en furie parce que j'avais osé l'écrire dans mon article. Comme si elle avait honte d'être millionnaire.

Je les comprends un peu. Ça me gênerait moins de vivre la vie des gens riches et célèbres si j'avais gagné à la loto que si j'avais travaillé à la sueur de mon front pour en arriver là. Paradoxale, vous dites. Mais ça serait pour me protéger. Je ne voudrais surtout pas que les gens pensent que j'ai fait de l'argent grâce à une stratégie fiscale douteuse ou en exploitant d'honnêtes travailleurs.

Ce jugement m'écoeure. Mais je dois avouer que comme toute bonne Québécoise, il m'arrive parfois de l'avoir. Comme cette journée où j'ai croisé une superbe voiture de luxe dans une petite ville à l'extérieur de la région. J'étais avec un habitant de l'endroit et comme tout le monde se connaît, je lui ai demandé à qui appartenait cette impressionnante bagnole qui détonnait du parc automobile du secteur. «C'est celle du boulanger.» Quoi? Un artisan du pain qui fait de l'argent!

Plutôt que de me réjouir immédiatement de son succès, je me suis montrée surprise. Comme si c'était étrange qu'un boulanger puisse gagner autant d'argent.

Je me suis vraiment détestée à ce moment-là. En plus, cet entrepreneur contribue à son milieu, il commandite une foule d'événements, il fait travailler plusieurs personnes.

Pour nettoyer ma conscience, je suis allée lui acheter une baguette. Parce que des gens qui réussissent comme lui, j'en veux plein.

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