Coupe de ruban et pelletée de terre

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Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Des élus se vantent de vouloir faire de la politique autrement. Peu le font réellement.

La pratique de la coupe du ruban en est un bon exemple.

Un ministre, nouvellement élu, vient inaugurer un centre pour jeunes en difficulté. Le projet a commencé bien avant qu'il soit en politique. Il est fier de dire que son gouvernement vient en aide aux jeunes et aux parents. Ça paraît bien.

Mais lorsqu'on sait que cette coupe de ruban a été planifiée à des fins électoralistes, ça gâche tout. Du moins, pour ceux qui savent.

Je vous explique. Le nouveau centre est ouvert depuis plusieurs mois. Mais les responsables ne peuvent publiciser les services. Pourquoi? Les lieux n'ont pas encore été inaugurés.

L'exemple vous semble farfelu, mais c'est un cas réel. J'ai simplement modifié le service pour ne pas identifier le parti en cause. Car cette pratique, on la retrouve dans la plupart des formations politiques, au provincial et au fédéral. L'entourage du ministre veut retenir l'information pour la sortir au moment jugé opportun. Que ce soit en raison de son calendrier d'activités, d'imminentes élections ou pour apaiser un climat morose.

Ce n'est pas rare qu'on voit un lancement de travaux alors que le chantier est entamé depuis des mois. La première pelletée de terre est un terme galvaudé par les temps qui courent. On installe ensuite le ministre dans une pelle mécanique. Cheezz! Comme si le politicien avait lui-même fait les travaux, avec son propre argent. Une mise en scène qui n'offre aucune valeur ajoutée.

Avant d'écrire cette chronique, j'ai discuté du sujet avec plusieurs fonctionnaires qui doivent s'ajuster au calendrier politique pour implanter des projets. Évidemment, ça ne fait pas l'affaire de plusieurs d'attendre l'aval du politique pour informer la population sur des sujets importants. «Ils veulent garder le suspense sur la nouvelle», me résumait un cadre. Je peux comprendre pour des sujets qui touchent le secteur privé. Mais là, je parle de services à la population.

Les fonctionnaires devraient s'occuper eux-mêmes de ces annonces. Et si l'élu a été facilitant ou un élément clé dans ce dossier, croyez-moi, ils vont vouloir l'inviter. Si le député travaille fort, il n'aura plus besoin de se vanter lui-même. Les autres élus et les intervenants vont s'en charger.

Un stratège politique que j'ai aussi questionné a admis que ces pluies d'annonces étaient dépassées. Il propose plutôt que les élus viennent parler de résultats. Un an après l'ouverture du centre pour jeunes, par exemple, le ministre se déplace pour dire si le centre a changé la vie de famille. Pas bête!

Un ancien attaché de presse d'un ministre, que j'ai aussi interrogé, m'a avoué qu'à son époque, le mot d'ordre (provenant du bureau du PM) était d'offrir le plus de visibilité à l'élu. Et l'arrivée de l'information en continu a forcé les équipes à nourrir davantage les journalistes. «On n'avait pas assez de contenu pour tous ces médias», m'a-t-il avoué. Obsédés par leur réélection, ils ont donc troqué la qualité pour la quantité. Eh oui, je vous l'accorde, les médias ont aussi leurs torts. On assiste quand même à ces coupes de ruban...

Pendant ce temps-là, plusieurs dossiers échappent à l'élu. Les deux experts croient d'ailleurs qu'un ministre ne devrait pas se déplacer à des centaines de kilomètres pour souligner les 35 ans de bénévolat d'une dame ou l'ouverture d'un centre pour jeunes. Pas parce que ce n'est pas important, mais un ministre, malheureusement, a mieux à faire pour créer un Québec meilleur.

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