Le nouveau péché capital

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CHRONIQUE / Je suis une fumeuse. Aïe! Ça me fait presque mal de l'écrire dans... (Photothèque Le Soleil)

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Photothèque Le Soleil

Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je suis une fumeuse. Aïe! Ça me fait presque mal de l'écrire dans le journal, tellement la cigarette est associée à un sentiment de honte. Honnêtement, je serais moins gênée d'écrire que j'ai une chlamydia.

J'ai grillé ma première cigarette lorsque j'étais en troisième secondaire. Je l'ai fait pour un gars. Je sais, les adolescentes sont parfois terriblement niaiseuses. Je voulais être cool. Je voulais avoir un prétexte pour l'accompagner à l'extérieur pendant les changements de cours.

Je me souviens de la première cigarette que j'ai fumée, assise sur le trottoir, à trois coins de rue de chez nous, afin que ma mère ne me voit pas. J'étais étourdie après deux «pofs», j'avais mal au coeur et j'avais dû m'étendre dans la pelouse pour faire passer ces effets secondaires. J'ai pourtant continué.

Évidemment, lorsque j'y repense, je regrette amèrement cette première cigarette. Je regrette surtout de ne pas avoir été assez intelligente pour arrêter lorsqu'il était encore temps. Et le pire, c'est que je n'ai même pas été en mesure de mettre le grappin sur le gars en question. Le comble du pathétisme.

Avec les années, les fumeurs sont devenus de vrais parias de la société. Et avec raison. Il n'y a rien de positif à fumer. Absolument rien. Mais bon, un moment donné, il ne faudrait pas virer fou non plus. Un collègue m'a déjà dit qu'on devrait exterminer les fumeurs. Il était sérieux. Et j'avoue me sentir comme un vulgaire insecte lorsque j'en grille une et que je sens le regard méprisant des non-fumeurs sur moi. Je n'ai pas d'excuses ni d'arguments pour me défendre. La cigarette, c'est le diable en personne, je le sais très bien, pas besoin de me le dire.

Pourtant, je suis ce qu'on appelle une fumeuse respectueuse des non-fumeurs. Et pendant que les nouvelles réglementations du gouvernement entrent en vigueur, je ne suis pas comme ces fumeurs qui ragent de ne plus pouvoir fumer sur les terrasses. Ni de ceux qui pestent parce qu'ils ne pourront plus emboucaner leur voiture en présence d'enfants. Ça ne me dérangera pas de me retenir de fumer lorsque je serai dans un parc pour enfants. Il me semble que c'est la moindre des choses.

Déjà, je ne fumais généralement pas sur les terrasses. Je savais que plusieurs clients n'appréciaient pas. Certains restaurants avaient d'ailleurs déjà une réglementation à ce sujet et je la respectais sans problème. Je préfère m'abstenir que me faire regarder de travers. Et si un non-fumeur, qu'il ait trois, 12 ou 47 ans, embarque dans ma voiture, jamais je ne m'allume une cigarette. Je comprends leur inconfort et leur dégoût. Alors les nouvelles réglementations du gouvernement concernant la cigarette, je m'en balance royalement. Je les respectais déjà. Mais j'ai tout de même hâte de savoir en quelle année les fumeurs devront commettre leur péché à l'abri des regards, à trois kilomètres de la civilisation, dans un champ perdu. Ah non, c'est vrai, il y aurait des risques de causer un incendie... À bien y penser, mon collègue avait peut-être raison. L'extermination serait la solution idéale.

D'ici là, il faudrait vraiment que je me débarrasse de cette mauvaise dépendance. Si, à 15 ans, j'ai grillé ma première cigarette pour un gars, peut-être qu'à 30 ans, je vais éteindre ma dernière pour un autre, qui sait

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