La grande Ingrid Falaise

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Ingrid Falaise était l'invitée de la Table locale... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

Agrandir

Ingrid Falaise était l'invitée de la Table locale de concertation en matière de violence faite aux femmes et aux adolescentes de Chicoutimi, mercredi soir. Elle a livré son témoignage devant une salle comble.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Patricia Rainville
Le Quotidien

Mercredi soir, mon patron m'assigne à la conférence de l'actrice et auteure Ingrid Falaise. Je dois admettre que je ne m'attendais pas à grand-chose. Son passage à l'émission Tout le monde en parle avait été remarqué, mais je n'en avais pas été spécialement bouleversée. Il faut dire que je suis une personne assez difficile à atteindre. J'ai su me forger, au fil des années, une bonne carapace de journaliste.

Évidemment, son histoire m'a ébranlée. Les victimes de violence conjugale m'ébranlent toujours. Mais son entrevue ne m'avait pas trotté dans la tête durant des jours. Et je n'ai pas lu son livre, Le Monstre, qui raconte comment elle est tombée entre les griffes d'un homme manipulateur et violent.

Donc, mercredi, lorsque mon chef de nouvelles m'a assigné à la conférence d'Ingrid Falaise, j'ai pris mon calepin et mon crayon et j'y suis allée sans grandes attentes. J'en suis ressortie complètement chamboulée.

Ce n'est pas nécessairement son histoire en tant que telle qui m'a secouée. Des femmes victimes de violence conjugale, malheureusement, j'en ai croisé au Palais de justice. Des histoires d'hommes qui brutalisent leur blonde, on en entend pratiquement tous les jours sur les ondes de police.

Ce qui m'a chamboulée, ce sont les préjugés tenaces qui planent sur ces femmes victimes de violence. J'en avais moi-même. Ingrid Falaise en avait aussi.

«J'avais 18 ans, j'étais grande et blonde. J'avais la confiance en soi gonflée à bloc. Comment une fille comme moi a-t-elle pu être entraînée là-dedans», a-t-elle dit en tout début de conférence. Il suffit de tomber sur le mauvais bonhomme. Honnêtement, je n'y croyais pas tellement. Jusqu'à ce que j'entende toute son histoire.

Ingrid Falaise avait 18 ans lorsqu'elle a rencontré celui avec qui elle allait passer les trois pires années de sa vie. Un homme intelligent, beau et surtout séduisant. Un homme qui la traitait d'abord comme une princesse. C'est de «pute» qu'il la traitait à la fin.

Après avoir réduit en miettes sa confiance en elle, il l'a isolée, l'a humiliée et il l'a finalement frappée. Plusieurs fois. Pendant de longs mois.

Je sais ce que vous vous dites. Pourquoi n'a-t-elle pas fait sa valise et n'est-elle pas partie? Tout le monde se demande la même chose. Et c'est bien pour ça que ces femmes victimes de violence gardent trop souvent le silence. Parce qu'elles se sentent jugées, incomprises. Comme le dit si bien Ingrid Falaise, elles ont honte d'être tombées en amour avec un tel homme. Elles croient que ce sont elles qui ont éveillé le monstre en eux. Ironiquement et malheureusement, elles se sentent coupables.

C'est bien là, le grand problème avec les victimes. Pour une raison mystérieuse, elles ressentent pratiquement toutes un sentiment de culpabilité qui les étouffe. Et qui les empêche de parler. Et lorsqu'on y pense bien, ce sont les préjugés et les jugements de monsieur et madame Tout-le-Monde qui alimentent cette honte et ce silence

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer