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CHRONIQUE / «Ouin, on dirait que ça ne paye pas travailler au Quotidien.» C'est... (123rf)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / «Ouin, on dirait que ça ne paye pas travailler au Quotidien.» C'est ce qu'un homme, à l'aube de la soixantaine, m'a lancé il y a deux semaines, lors d'un diner organisé par une chambre de commerce de la région.

Il était scandalisé par le jeans troué que je portais, alors que je couvrais la conférence pour le journal. Évidemment, je n'avais pas agencé mes pantalons avec un coton ouaté et des Crocs. Quand même ! De jolis talons hauts et un veston rendaient l'habit plus chic, du moins, c'est ce que je pensais.

Mais non, ce n'était pas suffisant pour le monsieur. Des trous dans les pantalons, on ne devrait pas mettre ça au travail, point à la ligne. Ça va à l'encontre des conventions. On s'entend, je ne travaille pas pour une firme d'avocats et je ne suis pas porte-parole pour une grande multinationale...Et pas besoin de vous rappeler que Mark Zuckerberg, même en jeans et en t-shirt, a toujours été pris au sérieux.

Ce n'est pas la première fois que j'ai une telle réaction de la part de baby-boomers. J'avais mis les mêmes pantalons à une fête d'anniversaire, l'an dernier. En voyant les photos sur Facebook, un ami de ma mère a fait le même commentaire, allant jusqu'à proposer son aide pour me guider dans le merveilleux monde de la mode. «Je connais ça. Je sais ce qui fait bien aux femmes.» Il devrait plutôt s'attarder à la mode masculine, me disais-je, dans ma tête, voyant qu'il avait bien du chemin à faire en matière de chaussures. J'ai aussi demandé à un collègue quinquagénaire ce qu'il pensait de mes pantalons. «Tout ce qui est troué, c'est irrespectueux.» Mes jeans ne l'ont pourtant jamais envoyé promener. Ironiquement, ce même homme portait récemment un jeans arborant, sur les fesses, une «patch» représentant un bulldog. Ça, c'est irrespectueux pour les yeux de tous. «C'est le jeans à mon fils», se défendait-il. Comme si c'était une raison valable.

Le commentaire m'a quand même fait réfléchir. J'ai remisé mes jeans troués pendant une semaine. Je voulais faire plaisir aux patrons et à mes interlocuteurs plus âgés. Je ne voulais pas qu'ils croient que je leur manque de respect.

Mais mes pantalons ont rapidement revu la lumière du jour. C'est Chelsea Handler qui m'a convaincue cette semaine. L'animatrice présentait son nouveau talk-show sur Netflix. Une femme qui m'a toujours fait rire et dont j'admire le franc-parler.

Pour sa première, Chelsea portait une jupe noire qu'elle avait agencée à un t-shirt de Pat Benatar. Le genre de vieux t-shirt qu'on vole à notre copain ou qu'on met pour dormir. Un peu comme mon veston et mes jeans troués. Pour briser l'ennui d'un vêtement traditionnel, on ajoute une touche relaxe ou même «trash». Et si Chelsea peut faire cet agencement à une première mondiale, attendue par des millions de fans, je peux bien mettre un jeans troué à une conférence de la Chambre de commerce. Sinon, je vais devoir mettre des «patchs» de bulldog sur mes genoux.

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