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CHRONIQUE / «Contre-nature.» «Une abomination.» Je sais que l'homophobie existe... (123rf)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / «Contre-nature.» «Une abomination.» Je sais que l'homophobie existe encore. Mais je ne pensais pas voir un jour des personnes écrire publiquement ce genre de propos sur Facebook.

Ces mots sont apparus sur le mur d'une Africaine qui a déménagé au Lac-Saint-Jean il y a quelques années à peine. Tout a commencé lorsqu'une de ses amies a publié le discours du président gambien Yahya Jammeh, prononcé en 2015, contre les homosexuels. Ce discours avait d'ailleurs été condamné par le gouvernement d'Obama.

Mais ce n'est pas pour le dénoncer que la personne a publié ce discours sur la page de la dame, c'était pour le célébrer. Heureusement, d'autres internautes ont rapidement dénoncé ces propos. Des propos que je préfère ne pas répéter, tellement ils incitent à la haine. À mon avis, il y a même matière à poursuite.

Elle revenait de faire sa marche matinale lorsque l'Africaine a vu ce qui se passait sur son mur. Des dizaines de messages avaient déjà été publiés. Cette femme, que j'ai connue dans le cadre de mon travail de journaliste, a tenté de calmer le jeu en invitant les gens à se respecter, mais en vain. Elle n'a eu d'autre choix que de supprimer la publication.

Mais comme je vous disais la semaine dernière, j'essaye de mieux comprendre les gens, leur réalité. Je voulais en savoir davantage sur ces gens qui ont écrit ces propos dégueulasses. L'Africaine m'a gentiment offert une entrevue sur le sujet.

Ces homophobes, ce n'était pas des trolls (des internautes dont le but est de créer des polémiques). Ce sont certains de ses amis africains qui habitent un peu partout, dont l'une se trouve en France.

«Il est difficile pour des gens qui ont vécu dans un environnement culturel pendant plus de 30 ans de changer, du jour au lendemain, leur façon de percevoir un certain nombre de choses, et ce même, s'ils décident d'aller vivre dans un environnement différent. Culturellement, ça ne passe pas. La religion a beaucoup d'emprise en Afrique», m'a expliqué celle qui est originaire de la Côte d'Ivoire.

Cette dernière n'a jamais endossé les propos de ces gens, comprenez-moi bien. Mais cette femme douce et chaleureuse n'a pas non plus osé condamner immédiatement ses compatriotes africains. Ce qui lui a d'ailleurs fait perdre un ami Facebook dans la même journée, m'a-t-elle raconté. Ce dernier était incapable d'être ami (virtuellement) avec une personne qui a des liens avec des homophobes. Elle était déçue. Mais il avait tout à fait raison. Parce que ce genre d'opinion ne doit pas être respecté ou toléré. Ça ne doit même pas faire l'objet d'un débat. C'est comme si on respectait les propos de suprématistes blancs ou de misogynes.

Cette histoire qui m'a complètement répugnée m'a rappelé une récente discussion avec un Tunisien et un Libanais qui vivent depuis peu au Québec. Les deux jeunes hommes s'obstinaient sur lequel de leur pays d'origine était le plus ouvert ou «gauchiste» du monde arabe. C'est le Tunisien qui a remporté. Mais quand j'ai abordé la question du mariage gai, le Tunisien m'a confirmé que l'homosexualité était toujours considérée comme un crime dans son pays. «Il y a une loi l'empêchant, mais elle n'est pas appliquée réellement», m'a-t-il répondu, admettant l'absurdité de ce règlement. Ouf!

On rappelle souvent les valeurs québécoises d'égalité homme-femme et l'importance de la langue française lorsqu'on parle d'immigration. Peut-être faudrait-il miser davantage sur la diversité sexuelle. Parce que ne l'oublions pas, ça prend un certain nombre de valeurs communes pour bien vivre ensemble.

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