Dépassement illégal à l'épicerie

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CHRONIQUE / Vous faites la file à l'épicerie. Vous attendez depuis cinq... (Photo 123RF)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Vous faites la file à l'épicerie. Vous attendez depuis cinq minutes. C'est long cinq minutes à faire le poireau avec les mains pleines. Voilà qu'une charmante caissière décide d'ouvrir son poste pour alléger la file de sa collègue. Alors que vous laissez le temps aux gens devant vous de se rendre à la caisse voisine, deux ou trois clients ont déjà mis leur deux litres de Pepsi et leurs sacs de croustilles sur le tapis roulant. C'était la dame qui se trouvait derrière vous et le barbu qui fermait votre file.

Chaque fois, je me choque...intérieurement. Faire une crisette à l'épicerie, ce n'est pas trop mon style. Je préfère lancer de petits regards désapprobateurs.

Je me fais dépasser presque chaque semaine à l'épicerie. Plutôt que de continuer à chialer (j'essaye d'être plus proactive), j'ai voulu comprendre les motivations de ces clients.

Pendant un mois, je me suis donné le défi de questionner tous les gens qui faisaient un dépassement «illégal». La tâche a été plus difficile que prévu. Je n'en ai attrapé que trois. Je voulais quand même leur parler en privé, pour ne pas qu'ils se sentent attaqués publiquement.

La première fois, j'étais timide, ce qui ne m'arrive jamais. La dame venait de payer et elle se dirigeait vers la sortie. J'ai un peu couru après elle. «Bonjour, vous allez trouver ma question étrange, mais c'est pour une petite recherche maison. Pourquoi n'avez-vous pas laissé passer la personne devant vous à la caisse?» Son visage a complètement changé. «En passant, je suis journaliste», ai-je ajouté dans ma voix mielleuse. «Ah, je n'ai pas vu qu'il y avait du monde devant moi.» Elle m'a évidemment raconté des salades, mais je n'ai pas insisté.

La deuxième fois, c'était encore une dame (il y a définitivement plus de femmes à l'épicerie). Je me trouvais devant elle, je pouvais donc facilement la questionner en me rendant à la caisse. Sa réponse: «C'est la caissière qui m'a dit de passer à sa caisse. Je l'ai écoutée.» Elle m'a ensuite avoué qu'elle n'a jamais fait attention à ce genre de détail. Une femme impolie, mais honnête.

Lorsqu'elle quitte la caisse, j'en profite pour questionner l'employée qui avait tout entendu. Elle me dit qu'en tant que caissière, elle n'a pas le temps de gérer les files. De toute façon, elle ne devrait pas avoir à le faire, car comme elle l'a si bien dit «c'est une question de savoir-vivre».

La dernière personne que j'ai interpellée était encore une femme. Soupe au lait, la dame n'a pas aimé ma question. «C'est la première fois que j'entends qu'il faut laisser passer les gens devant soi. Il n'y a pas de règle là-dessus», me crie-t-elle.

Elle a raison. Il n'y a pas de règlement écrit, elle ne risque pas une contravention. Je peux aussi me mettre à éructer près de son visage ou lui bloquer une rangée avec mon panier d'épicerie. Il n'y a pas de règlement contre ça aussi. Est-ce qu'on va devoir un jour se payer une police du vivre ensemble?

Pour le bien de ma petite recherche, j'ai aussi décidé de tester le dépassement. C'est arrivé jeudi dernier. Une caissière ouvre son poste invitant les gens à se déplacer vers elle. J'y suis allée sans demander la permission aux gens devant moi. Je me sentais vraiment mal. Mais j'ai osé au nom de la science.

Je croyais que les gens allaient me dévisager. D'autant plus que je n'avais pas d'enfant avec moi et je ne marchais pas avec une canne. Deux bonnes raisons, à mon avis, pour laisser passer les gens. Mais non, rien. Même pas un petit soupire. La majorité silencieuse venait une fois de plus de se faire avoir.

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