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CHRONIQUE / Je ne crois pas aux signes normalement. Mais cette chose que... (Photo 123RF)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je ne crois pas aux signes normalement. Mais cette chose que certains appellent le destin tente de me lancer un message depuis deux semaines.

Tout a commencé par cet homme avec qui je discute régulièrement pour le travail, mais seulement au téléphone, quelques minutes par-ci par-là. Il me harcèle depuis des lunes pour dîner avec lui. Il veut discuter et apprendre à me connaître en personne. Au cas où vous vous posiez la question, il a plus de 70 ans, donc bien que j'aime la maturité masculine, il est un peu âgé pour une histoire d'amour.

Chaque fois qu'il offre de partager un dîner, je refuse. La raison est simple, je suis toujours à la hâte. «Il faut bien que tu dînes!», me dit-il, pensant avoir trouvé l'argument fatal pour me convaincre. Évidemment, à son âge, il n'a pas connu la fâcheuse habitude de manger devant son poste de travail. C'est ce que je fais tous les midis (enfin presque). Mon ordinateur peut en témoigner. Certaines touches ont été malencontreusement assaisonnées.

Très spirituel, l'homme m'a livré un de ces discours qui prône l'importance de prendre son temps, d'être avec l'autre, partager entre humains... Un autre retraité qui me reproche d'être trop pressée.

J'ai vite oublié, vous vous en doutez. Quelques jours plus tard, je dois me rendre à des funérailles. Une célébration émouvante à laquelle je n'ai pu m'empêcher de pleurer comme une Madeleine. Ce n'était même pas un proche. Mais une des dernières choses que le défunt a dit à ses enfants m'a touché: «Arrêtez d'être toujours à la hâte. Profitez de la vie et passez du temps avec les autres». Bordel, le même message, presque mot pour mot que celui servi par mon ami septuagénaire.

Quelques jours passent et je finis par oublier, un peu. Sur le terrain, pour le travail, je rencontre une dame dans la soixantaine. Pour une raison que j'ignore, je suis attirée à lui parler.

Sans gêne, elle me raconte sa vie. La carrière passionnante qu'elle a eue dans le monde de la fonction publique à Ottawa. Mais elle a tout laissé tomber à 50 ans, lorsque son mari a perdu la vie. Le couple travaillait constamment, et ce, dans différentes villes. Elle regrette aujourd'hui de ne pas avoir su s'arrêter au travail et prendre plus de congés pour aller le voir. Incapable de reprendre la vie effrénée, elle a pris sa retraite jeune et préfère ne plus vivre dans une grande ville.

Bon, dans ce cas précis, ma conception des signes est large. Mais son histoire m'a bouleversée et me faisait penser à mon attitude d'être toujours à la presse. Quelques minutes après cette discussion, j'embarque dans ma voiture. J'ouvre la radio. À l'émission Medium Large, la critique gastronomique Lesley Chesterman parle des jeunes qui mangent seuls devant leur poste de travail

Si ça, ce n'est pas un signe...

Plus de 62% des employés préfèrent dîner au bureau plutôt qu'aller au restaurant entre amis, selon une étude qu'elle rapportait. Manger seul permet d'économiser de l'argent, mais surtout du temps, dans mon cas. Mais elle disait que les jeunes tenaient aussi à manger seuls pour éviter de socialiser. Ouache! Je n'ai pas envie de faire partie de ces statistiques.

Le lendemain je suis allée dîner au resto avec une collègue. Eh oui, je vais aussi aller manger avec mon ami tannant de 70 ans.

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