Cette pensée qui habite les femmes

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CHRONIQUE / Nous vivons dans une société égalitaire. Les hommes et les femmes... (Photo 123RF)

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Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Nous vivons dans une société égalitaire. Les hommes et les femmes ont les mêmes droits. Les femmes peuvent aspirer aux mêmes rêves que les hommes. Les femmes peuvent revendiquer le même salaire que leurs collègues mâles. Oui, nous avons la chance de vivre dans un pays où les femmes ne sont pas traitées en moins que rien.

Mais, à mes yeux, il existe encore un fossé entre les deux sexes sur un point important: le sentiment de sécurité.

J'en ai pris conscience cette semaine, lorsque je discutais avec un homme au cours d'une entrevue réalisée dans le cadre de mon travail. Nous parlions de la société québécoise en général et il m'a dit quelque chose qui m'est revenu en tête un peu plus tard.

«Aujourd'hui, les femmes, comme toi, n'ont pas peur de sortir seules le soir. Nous vivons dans une société où la femme n'a pas à se méfier lorsqu'elle marche seule la nuit», m'a dit mon interlocuteur. Sur le coup, j'ai acquiescé. Mais ce qu'il m'a dit est totalement faux. Du moins, à mon avis.

Si je vais marcher ou courir à la tombée du jour, je m'assure d'avoir en main mon cellulaire. J'évite les coins sombres. Et je préfère de loin faire mes activités extérieures lorsque le soleil se pointe. C'est peut-être niaiseux. Je sais très bien que ce ne sont pas tous les hommes qui se jettent sur les pauvres filles esseulées. Je sais très bien que les probabilités que je me fasse attaquer lorsque je cours en soirée sont très minces. Et je sais très bien que la plupart des hommes sont respectueux des femmes.

Mais, tout de même, cette petite pensée désagréable habite la majorité d'entre nous.

Un homme ne songera jamais à faire un grand détour pour ne pas avoir à traverser une autogare la nuit.

Les messieurs ne deviennent pas nerveux lorsqu'ils croisent un homme dans un boisé.

Ils n'accélèrent pas s'ils sentent une présence derrière eux.

Ils laissent leur verre sans surveillance dans les bars, sans craindre qu'on y ait mis quelque chose.

Ils s'arrêteront volontiers pour faire embarquer une «pouceuse». Demandez à n'importe quelle femme si elle ferait monter un étranger qui fait de l'auto-stop sur le bord de la 20 dans sa voiture. La réponse risque d'être négative.

Vous me trouvez peut-être paranoïaque, mais ces pensées, elles traversent régulièrement l'esprit des filles. C'est comme ça. Et probablement que celle qui naîtra en 2060 fera, elle aussi, un détour pour ne pas traverser une passerelle sombre en pleine nuit.

Et tant et aussi longtemps que ce sera le cas, on ne pourra pas dire que les hommes et les femmes sont véritablement des êtres égaux.

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