Mon ancien coloc

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le palais de justice de Québec... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Le palais de justice de Québec

Photothèque Le Soleil

Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Dix-huit. C'est le nombre de colocataires avec qui j'ai vécu depuis mon départ du nid familial. Je vivais avec une dizaine de personnes dans un même logement en Europe. Disons que ça fait gonfler le résultat.

Mais sur les 18, il y avait au moins une pomme pourrie. Son visage a refait surface dans les médias de Québec il y a quelques semaines. Il a été déclaré coupable d'avoir leurré des fillettes de 12 ans et de s'être montré les parties devant elles. Mon ancien coloc est maintenant inscrit au registre des délinquants sexuels. 

Ce n'était pas un ami personnel. Même qu'il me détestait.  

Je restais avec deux garçons à la sortie de l'université, des amis de jeunesse. On avait un grand appartement. Les deux gars ne faisaient pas beaucoup de ménage, mais bon, ils avaient d'autres qualités. Un de leur ami voulait prendre la chambre libre de nos appartements. Pourquoi pas? Je le connaissais aussi, on avait des amis en commun. Mais on n'a jamais été de grands potes.

Moins de quelques jours après son arrivée, tout s'est dégradé. Je sais que personne n'aime ce mot, mais j'étais littéralement frustrée. «Une femme qui n'a pas de gros seins, ça ne vaut rien», s'amusait-il à dire tout haut. Le pire, c'est que ce n'était pas une blague. Pour lui, une femme c'était un objet, point. On a eu plusieurs conversations musclées à ce sujet. Des débats qui ne finissaient pas. Mes deux autres colocataires n'approuvaient pas ces propos, mais ils ne le contredisaient pas tellement non plus. J'étais seule à me battre contre lui. Vous comprenez ma grande frustration...

Incapable de l'endurer, j'ai quitté les lieux quelques semaines après son arrivée. En fait, c'est à cause de lui que j'ai rapidement accepté un poste dans une autre ville.

Mais après ce déménagement, je me suis questionnée sur mon seuil de tolérance. Je côtoyais beaucoup d'amis masculins et plusieurs riaient des commentaires de ce coloc. Certains disaient de me calmer, que ce n'était pas grave, que je n'étais pas obligée de monter aux barricades à chaque commentaire sexiste que j'entendais. Suis-je trop intense?

Comme cette fois, au spectacle de Guillaume Wagner. L'humoriste conseillait aux automobilistes de ne pas crier de noms aux femmes qui marchent dans la rue. Ça ne les attire pas! «Ici, ça marche!», a crié un jeune spectateur. Il venait de dire tout haut que les femmes de Saguenay étaient faciles et qu'elles aimaient se faire traiter de cette façon. Certaines personnes riaient. L'humoriste, reconnu pour sa vulgarité, semblait plutôt découragé par son spectateur. Comme moi. Mais plutôt que de rester tranquillement assise, j'ai fixé ledit crieur. J'étais trop loin pour lui parler sans déranger la salle. Mais je voulais qu'il me voie le dévisager. C'était plus fort que moi.

C'était la même chose avec cet ancien coloc. Mais en voyant sa photo dans les médias, je m'en suis voulu d'avoir pensé (un tantinet) que j'aurais dû me taire plutôt que de défendre mon point de vue. Parce qu'aujourd'hui, il est en prison. 

Peut-être que si je n'avais rien dit, je me sentirais un tantinet coupable.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer