Les histoires surréelles du Palais

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CHRONIQUE / Lorsque je suis arrivée au Palais de justice de Chicoutimi, lundi,... (Photo 123RF)

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Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Lorsque je suis arrivée au Palais de justice de Chicoutimi, lundi, je ne m'attendais pas à ça. À vrai dire, on ne s'attend jamais à ça.

Mon collègue, Stéphane Bégin, qui est affecté à la couverture judiciaire du Quotidien, m'avait toutefois avertie de surveiller le dossier d'un certain individu. «Une histoire d'agressions sexuelles. Une histoire assez particulière», qu'il m'avait écrit, par courriel. 

Bon, des histoires d'agressions sexuelles, des histoires assez particulières, au Palais, il y en a à la tonne. Pour ceux qui assistent régulièrement aux comparutions, c'est pratiquement de la routine. Malheureusement.

Mais des histoires comme celle-là, j'avoue que jamais je n'en avais couvert.

C'est le récit d'un beau-père, un petit monsieur de Chicoutimi, qui a mis la fille de sa conjointe non pas une, ni deux, ni trois, ni quatre, mais bien cinq fois enceinte. Cinq enfants. Nés dans un hôpital de la région. Cinq enfants, retirés les uns après les autres de leur foyer.

J'imagine que je ne vous apprends rien, puisque l'histoire a fait plusieurs fois le tour de la province.

Mes collègues du Journal de Québec et de TVA, et moi-même, nous avons attendu toute la journée, dans le petit local dédié aux journalistes du deuxième étage du Palais de justice. La cause a été retardée jusqu'à 16h30. Nous étions déjà au courant, en partie, de la sordide histoire, puisqu'on en avait eu vent dans les corridors du Palais.

Tout en patientant, j'ai observé l'accusé, accompagné de sa conjointe, qui lui tenait la main. La femme était bien au fait des agissements de son chum. Mais elle était là, assise près de lui. Toute la journée.

Le couple patientait comme nous. Tranquillement, sans faire les 100 pas comme bien des accusés le font dans les corridors du Palais. Ils ne parlaient pas. Poliment, l'accusé m'a même tenu la porte lorsque nous sommes entrés dans la salle d'audience. Contrairement à mes habitudes, je n'ai pas dit merci.

Mais, pour être honnête avec vous, je n'ai pas été parcourue de frissons lorsque les avocats ont expliqué la situation. Oui, faire cinq enfants à sa belle-fille, c'est assez horrible merci. Je sais que certains de mes collègues en ont pratiquement eu la nausée.

J'ai cette capacité de garder mon sang-froid et de me forger une carapace devant ce genre de couverture. J'en suis bien contente, puisque certaines histoires sont plus difficiles à raconter que d'autres. Et nous devons les entendre, mais surtout les écouter, pour être en mesure de bien les raconter.

J'ai reçu une tonne de courriels au lendemain de la publication de mon article. Même l'ancien maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, m'a envoyé un petit message Facebook, pour me faire part de son dégoût face à cette histoire.

Certains m'ont reproché de ne pas avoir nommé l'individu. J'ai dû leur expliquer que je ne pouvais pas. Si j'avais décidé de divulguer son nom, je n'aurais pas pu raconter l'histoire. «Vous protégez un criminel», m'a dit un lecteur. Nous protégeons l'identité des victimes avant tout. Le nommer propulserait les victimes sur la place publique. Et nous avons le devoir et l'obligation de ne pas le faire. Et, de toute façon, aucun journaliste n'aime briser une ordonnance de non-publication, que ce soit intentionnellement ou non.

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