La grande contradiction

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Les retombées de la motoneige sont importantes pour... (Photothèque Le Soleil)

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Les retombées de la motoneige sont importantes pour l'industrie touristique.

Photothèque Le Soleil

Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Quoi? Tu n'as jamais fait de motoneige?

Pour une fille du Lac née dans un rang, 30 ans, c'est tard pour une première randonnée. Disons que ça ne faisait pas partie de nos habitudes familiales. J'ai déjà vu mon père sur un de ces engins, mais c'était pour tracer des pistes de ski de fond. 

Le bruit, l'odeur et surtout le look, ça ne m'a jamais attirée. Bon Dieu que c'est laid un ensemble de motoneige. Choko et Yamaha ne sont pas mes designers préférés. Ils ne savent définitivement pas mettre en valeur les courbes féminines...

«Tu ne t'en vas pas parader, la grande», me lance un des motoneigistes qui participait comme moi à la randonnée inaugurale menant au relais du mont Apica. Il me remettait à l'ordre, alors que je grognais en enfilant le gros manteau noir qui me donnait 50 livres en trop. Bon, immobile sur la motoneige avec une température ressentie de -30, j'avoue que je commençais à l'aimer ce veston qui me donnait des airs de rockeuse obèse.

On a roulé quelques heures en nature pour se rendre à des endroits qui seraient inaccessibles autrement. Ça m'a sauté au visage. La motoneige est une grande contradiction. Les adeptes brûlent de l'essence, ils font de la pollution sonore, mais ils sont de véritables amants de la nature. Ils aiment se rendre où l'humain ne peut aller. On peut toujours y accéder à la marche, mais bon, ça va prendre quelques jours... 

C'est un peu pour ça que Joseph-Armand Bombardier a inventé la motoneige dans les années 30. Deux ans avant de mettre au point l'engin, son fils est mort à la maison. Une tempête de neige avait empêché Bombardier d'amener son garçon à l'hôpital. Les routes étaient impraticables en voiture. Aujourd'hui, la motoneige permet de sauver des vies. Malheureusement, plusieurs meurent aussi sur l'engin. C'est la rançon de la gloire, diront certains.

Est-ce que ma première randonnée m'a convaincue de m'acheter une motoneige? Quand même pas! Mais je comprends pourquoi les hommes aiment ça. Personne ne parle pendant les quelques heures de randonnée. J'avais envie de partager en paroles mon appréciation du paysage. Le casque et le son du moteur rendaient la discussion difficile.

Mais je suis prête à partager à nouveau le siège d'un «ski-doo». Parce que j'aime tout ce qui entoure ce loisir. Être dehors, admirer des paysages extraordinaires et évidemment, les pauses au chalet. Boire un café (ou une petite bière) en «bas d'soute» devant un foyer, c'est le pied. 

Ce qui m'a cependant enchantée le plus, c'est la présence des anglophones en forêt jeannoise. En quelques heures, j'ai rencontré deux groupes d'Américains. «Il fait frette», que je lance à un homme originaire du New Jersey. «Sorry, we don't speak french.»

Depuis le temps qu'on parle des touristes américains qui séjournent dans la région pour la motoneige. Enfin, j'en rencontre un. Je me trouvais chanceuse. Mais une heure plus tard, je tombe sur des hommes du New Hampshire. Ils m'expliquent que l'absence de neige chez eux et la force de leur dollar les ont convaincus de passer une semaine dans la région. Ce ne sont pas les seuls touristes que j'ai rencontrés cette journée-là. Il y en avait de Montréal, de Saint-Raymond... 

On vante les retombées de la motoneige depuis longtemps, mais il n'y a rien de mieux qu'une virée dans les sentiers pour les voir de visu. Et cette industrie, qui attire les touristes étrangers, continue d'être menée par des bénévoles. Encore une autre belle contradiction...

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