Au nom du mari

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
CHRONIQUE / Elle a la mi-trentaine, travaille dans le domaine de la mode. Elle... (Photo 123RF)

Agrandir

Photo 123RF

Laura Lévesque
Le Quotidien

CHRONIQUE / Elle a la mi-trentaine, travaille dans le domaine de la mode. Elle est mariée depuis plus d'un an à l'homme de «sa vie». Elle ne mène pas une vie si traditionnelle. Mais mon amie rêve d'une vieille coutume. Porter le nom de son époux.

Depuis le début des années 80, la loi interdit aux femmes du Québec (ou aux hommes) de prendre le patronyme de leur conjoint. Une réforme qui venait mettre un terme à cette vieille pratique patriarcale, dont on voit encore les traces dans les avis de décès. Vous remarquerez que le nom de jeune fille des dames est souvent mis entre parenthèses.

La loi autorise les gens à ajouter un patronyme, mais seulement dans leur vie sociale. Pour les intégrer aux documents légaux, la personne doit se battre en cour. Quelques femmes ont réussi à obtenir victoire, principalement pour des raisons culturelles. Pour faciliter des voyages dans leur pays d'origine, par exemple.

La première fois que mon amie m'a confié ce désir, j'admets que je ne l'ai pas appuyée d'emblée. Quelle idée saugrenue! Après tous ces progrès sur le chemin de la parité, pourquoi vouloir utiliser le patronyme de son mari?

Ses raisons sont principalement d'ordre sentimental. Elle veut d'abord porter le même nom que ses futurs enfants. Oui, la loi permet maintenant de donner les deux noms de famille à notre progéniture. Mais on ne lui en voudra pas de ne pas perpétuer cette récente tradition québécoise.

Ce qu'elle souhaite avant tout, c'est conférer une identité claire à sa petite famille. «Je veux être la famille Lapointe, pas la famille Lapointe-Tremblay (noms fictifs) », me répète-t-elle.

Même si ce n'est qu'un symbole, elle y tient. Dans une société individualiste, où chaque personne tente de prouver son caractère unique, le discours de mon amie me semblait rafraîchissant. En plus, son désir n'enlève rien à personne. Elle est prête à payer pour faire ajouter le nom de son mari au sien.

Elle a d'autres arguments, mais on ne peut pas tout écrire en vue d'une possible croisade judiciaire. Bien oui, elle y pense sérieusement depuis quelques mois. Disons que son mari baigne dans le milieu judiciaire. Ça aide.

Est-ce qu'on ne devrait pas avoir le choix aujourd'hui? Des hommes seraient peut-être même tentés à adopter le nom de leur conjointe. C'est arrivé en France il y a quelques années. L'homme avait fait les manchettes.

Ceux qui seraient tentés d'accuser mon amie de nuire à la cause féminine n'ont rien compris. Elle veut simplement avoir le choix. Nos ancêtres, dont le nom du mari était imposé, ne l'avaient pas non plus.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer