Un dimanche à Saguenay

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CHRONIQUE / Souvent, les plus belles choses sont celles qu'on ne voit pas du... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Archives Le Quotidien, Michel Tremblay

Daniel Coté
Le Quotidien

CHRONIQUE / Souvent, les plus belles choses sont celles qu'on ne voit pas du premier coup. Elles sont tellement imbriquées dans notre quotidien, notre manière d'être, qu'on n'y prête guère attention, un phénomène qui s'est manifesté une nouvelle fois dimanche dernier, à Saguenay. Le trait commun à ces différentes expériences est l'ouverture au monde.

Si on fait abstraction des centres commerciaux, l'un des endroits les plus fréquentés au cours de l'après-midi fut le mont Jacob, à Jonquière. Plusieurs personnes ont répondu à l'invitation du Centre national d'exposition, qui dévoilait sa programmation. On a aussi procédé au vernissage de trois expositions, dont celle intitulée Fenosa-Picasso : une amitié.

Appel-Les Fenosa est peu connu, mais cet artiste a fréquenté du beau monde. L'exposition fait le tour de ses relations en évoquant le souvenir de Coco Chanel, de Jean Cocteau, dont on voit un magnifique buste, de Salvador Dali, du photographe Man Ray et, bien sûr, du grand Pablo. C'est d'ailleurs son petit-fils, Bernard-Ruiz Picasso, qui a prêté une partie des oeuvres et des documents mis à la disposition du Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul, responsable de ce projet.

Des dessins de Picasso, des textes écrits de sa main, côtoient des photographies le montrant en compagnie de celui qui est devenu son ami en 1923. Lui qui avait quitté l'Espagne pour la France, qui fut donc un immigrant, a aidé son camarade à tenir une première exposition en 1924. Il n'a pas hésité, non plus, à ouvrir ses goussets, montant ainsi une belle collection d'oeuvres conçues par Fenosa.

Visiter cette exposition, c'est mesurer, une fois de plus, l'impact qu'ont eu les artistes accueillis par la France au début du 20e siècle. Chacun d'eux a enrichi le patrimoine culturel de son pays d'adoption, ce qui est aussi le cas de Bogdan Dulu, l'autre centre d'attraction sur le mont Jacob, au cours du même après-midi. Invité par le chapitre saguenéen des Jeunesses musicales du Canada, il a présenté un concert devant 400 personnes rassemblées à la Salle Pierrette-Gaudreault.

Les sièges libres étaient rares lorsque le pianiste né en Roumanie, vivant désormais au Canada, est apparu sur la scène. Dans un français empruntant les couleurs de l'Europe centrale, il a évoqué ses études dans son pays d'origine au moment d'interpréter la Suite no. 3 pour piano de George Enescu. Aussi nommée Carillon nocturne, elle montre comment le piano peut produire des sons s'apparentant à ceux qui émanent d'un clocher digne de ce nom.

Bogdan Dulu voue également un culte au Québécois Marc-André Hamelin, dont deux compositions ont été livrées. Il en a même fait le sujet de son doctorat, ce qui donne à réfléchir. Pourquoi un pianiste venu de la lointaine Roumanie est-il fasciné par un type dont l'immense majorité de ses compatriotes ignorent jusqu'au nom ? Parce qu'il n'est pas arrivé au Canada avec des oeillères, a-t-on envie de répondre.

Le public lui a réservé un accueil chaleureux, même si les pièces interprétées n'étaient pas familières. On le sentait curieux, ouvert d'esprit, comme l'ont illustré les gens qui ont félicité l'artiste à la suite du concert, alors qu'il participait au traditionnel souper tenu dans le voisinage de la salle. Cette fois, ce fut au tour de Bogdan Dulu de découvrir un pan de la culture locale, puisqu'on lui a servi de la tourtière.

Au Centre Georges-Vézina, simultanément, 3500 spectateurs applaudissaient deux Russes jouant pour les Saguenéens. Rien d'étonnant, puisqu'ils ont aidé le club à remporter le match, mais ce n'est pas aussi banal qu'on le croit. Il y a 30 ans, après tout, leur pays était engagé dans une lutte à finir avec les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada. Un pas de travers et la Terre serait devenue un désert nucléaire.

En quittant le centre sportif, des amateurs sont passés devant la mosquée de Chicoutimi sans y penser, parce qu'elle se trouvait sur leur trajet. C'était avant que le Québec perde un peu de son innocence.

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