Une campagne historique

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Hillary Clinton et Donald Trump... (PHOTOS REUTERS)

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Hillary Clinton et Donald Trump

PHOTOS REUTERS

Daniel Coté
Le Quotidien

CHRONIQUE / Avant même de connaître les résultats de la campagne opposant Hillary Clinton à Donald Trump, un ensemble de raisons - toutes mauvaises - donne à penser qu'elle fut historique. Parmi les plus éloquentes, mentionnons les nombreux rebondissements qui ont balisé le parcours des candidats, ainsi que leur degré de stridence, à peine moins élevé que celui des Stukas fondant sur Londres pendant la Bataille d'Angleterre.

Longtemps, on a cru - à tort - que rien ne saurait égaler la présidentielle de 1912 à cet égard, la barre étant si haute. Rappelons qu'elle avait opposé le président William Howard Taft, un républicain qui venait de compléter un premier mandat, au démocrate Woodrow Wilson. Le grain de folie était venu de Theodore Roosevelt, identifié au camp progressiste.

L'ancien président républicain avait dénoncé Taft, pas assez réformiste à son goût, après avoir fait de lui son dauphin en 1908. C'était déjà inusité comme situation jusqu'au moment où un anarchiste a tiré sur Roosevelt lors d'une activité publique. Faisant fi de la balle qui s'était logée dans sa poitrine, Roosevelt a prononcé son discours, comme prévu, avant d'être hospitalisé. Le jour du vote, il a fini deuxième derrière Wilson.

Hormis la tentative d'assassinat, tout a été plus intense cette année, plus laid, proche de l'esprit qui animait les Russes quand, face à Napoléon, ils ont pratiqué la politique de la terre brûlée. Trump a annoncé qu'il enverrait son adversaire en prison. Il est devenu l'idole du néo-fasciste David Duke et la mascotte de Poutine pendant que Clinton, sans abuser des nuances, qualifiait ses partisans de « déplorables ».

On aurait dit que demain n'existait pas, qu'il était inutile de se projeter au-delà du 8 novembre. Gouverner pour quoi faire? L'important, c'était d'avoir le privilège d'accrocher ses photos de famille dans le bureau ovale, sans égard à la voie empruntée pour s'y rendre. Bientôt, pourtant, il faudra s'entendre avec l'opposition à propos du budget, de l'économie, de la sécurité du pays. On ne règle pas ces choses à coups de slogans.

Faillite morale

Une autre rupture se rapporte à la manière de faire de la politique. Le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, a challengé Clinton en se montrant sous un jour rugueux, sans déroger du discours de gauche imprégnant son programme. Le septuagénaire est resté fidèle à son message, même quand les représentants des médias lui demandaient de commenter la controverse du moment.

Ils ont eu l'air bête, ces « columnists », correspondants et vedettes de la télé souvent issus des mêmes collèges, des mêmes quartiers huppés, plus loin du vrai monde que des apparatchiks des partis. Parler du salaire minimum? De la vénalité des corporations? De Wall Street? Du désespoir qui enserre tant de communautés? Non merci. Leur truc, c'est la course de chevaux, la petite « game » politique.

Leur faillite morale est aussi celle des réseaux de télévision qui ont profité de la candidature de Trump pour lui offrir maintes tribunes, parce que ça faisait grimper les cotes d'écoute. Le déséquilibre qu'ils ont créé a pesé sur les primaires républicaines, le milliardaire jouissant d'une vitrine exceptionnellement large, gratuite de surcroît. Le profit à courte vue l'a emporté sur le sens commun.

Il se pourrait que certains médias, déjà fragiles, ne se remettent pas de leur péché de gourmandise. Si tel est le cas, ils partageront le sort qui attend un autre groupe dont l'étoile a pâli : les consultants politiques. Dans un article de la revue The Atlantic, la journaliste Molly Ball vient de montrer comment ces gens se sont plantés.

La preuve de leur échec est que Trump s'est rendu à un cheveu de la présidence en se fiant à son pif, tandis que Sanders a chauffé Clinton pour la peine. À l'opposé, Jeb Bush, bardé de stratèges, a fini avec quatre délégués à la convention républicaine. Comme quoi pour être élu, ces temps-ci, il vaut mieux rester soi-même que d'avoir l'air aussi naturel qu'un bol de Froot Loops.

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