Erreurs non provoquées

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Le candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump... (PHOTO Evan Vucci, AP)

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Le candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump

PHOTO Evan Vucci, AP

Daniel Coté
Le Quotidien

CHRONIQUE / Pierre Trudeau n'a jamais été reconnu pour sa modestie, d'où l'intérêt qu'avait suscité un commentaire livré à la télévision, dans le cadre de la série consacrée à ses mémoires. L'ancien premier ministre du Canada avait mentionné que c'est seulement dans les années 1970 qu'il était devenu un politicien, un professionnel en bonne et due forme.

Cet homme avait pourtant reçu un mandat fort en 1968, l'année de la Trudeaumanie. Il avait cependant trébuché en 1972, les électeurs l'ayant reporté au pouvoir à la tête d'un gouvernement minoritaire. L'effet de nouveauté s'était émoussé, ce qui l'avait poussé à recentrer son action, autant que sa manière d'être.

Plus «straight», jouant à fond la carte familiale au cours d'une campagne menée en été, Pierre Trudeau a retrouvé sa majorité en 1974. Ce n'est pas le dandy charismatique de 1968, un peu jet-set, qui avait décroché un nouveau bail au 24 Sussex, mais un chef de gouvernement entouré de conseillers d'expérience dont il mesurait pleinement la sagesse.

Revenons maintenant à l'été 2016 et tournons notre attention vers les États-Unis, où la présidentielle prend un tour étonnant. Tous les sondages placent Hillary Clinton en avance sur Donald Trump, les moins généreux pour elle évaluant l'écart à 9%.

Même dans les États où le candidat républicain livrait une lutte serrée à la démocrate, comme le Michigan, le New Hampshire et la Pennsylvanie on voit celle-ci se détacher, ce qui laisse entrevoir un raz-de-marée au collège électoral. L'impulsion générée par la convention de Philadelphie a sans doute joué, mais il y a plus.

En l'espace d'une semaine, Donald Trump a ridiculisé la mère d'un soldat mort pour son pays, refusé d'endosser la candidature du sénateur John McCain en Arizona et celle du Speaker Paul Ryan au Wisconsin, l'homme le plus puissant au Congrès. Deux républicains, en passant.

Il a aussi parlé d'une vidéo montrant un avion dans lequel se trouvaient 400 millions$ en argent comptant, un pactole versé au gouvernement iranien afin de régler un vieux contentieux impliquant les États-Unis. Oui, cette transaction a été conclue, mais la vidéo n'a jamais existé, ce que le milliardaire a finalement reconnu.

La débâcle est si prononcée que des républicains influents ont annoncé qu'ils voteraient pour Hillary Clinton. C'est le cas de la patronne de Hewlett Packard Entreprise, Meg Whitman, ainsi que de Richard Hanna, membre de la Chambre des représentants.

Le pire, c'est que ces tuiles auraient été faciles à éviter. Au tennis, on appelle ça des erreurs non-provoquées. Et c'est là que le cas de Pierre Trudeau prend son sens. Au lieu de se laisser avaler par son personnage de dandy, il a eu l'intelligence de se repositionner, quitte à perdre un peu de glamour.

Pour y arriver, le premier ministre a dû faire le deuil d'une image qui, sans doute, flattait son ego. Et justement, c'est une opération similaire que Donald Trump devait mener à la suite des primaires républicaines. Parce qu'aujourd'hui, c'est à tout le pays qu'il s'adresse, pas juste au cercle des convaincus.

C'est ce qu'on appelle le pivot et comme le montrent les récentes péripéties, il n'a pas été effectué. L'homme demeure abrasif, brouillon, susceptible et indiscipliné. Il passe plus de temps à s'extirper de ses propres pièges qu'à présenter son programme et critiquer efficacement celui de son adversaire.

On dirait Elvis à la fin de sa vie, quand il émaillait ses chansons de phrases incohérentes. Plus le temps passe, d'ailleurs, et plus on quitte le monde de la politique pour entrer dans l'antichambre de la psychologie. «Au moins, elle (Hillary Clinton) n'est pas une sociopathe», écrit ainsi un columnist du Wall Street Journal, Bret Stephens.

Le pire, si on épouse le point de vue d'un conservateur, est que la présidence se trouvait à portée de main. Il suffisait d'incarner le changement tout en affichant un minimum de décence, mais pour ça, il aurait fallu que Donald Trump cesse d'être en amour avec son personnage.

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