Les alliés de l'ALÉNA

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Donald Trump a reçu Justin Trudeau à la Maison-Blanche, le 13 février.

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

CHRONIQUE / À travers les sourires et les chaudes poignées de main, c'est le véritable premier affrontement avec Donald Trump que le Canada et son partenaire mexicain devront subir, cette semaine, sous le parapluie de l'ALÉNA, l'Accord de libre-échange nord-américain qui lie les trois partenaires commerciaux du continent depuis le 1er janvier 1994.

Car le président américain est obsédé, la planète en est bien consciente, par l'objectif ultime de projeter l'illusion chez ses partisans les plus fanatiques qu'il récupérera pour eux les emplois perdus par la délocalisation d'usines au Mexique et ailleurs et les marchés de dupes, prétend-il, conclus dans le cadre du libre-échange.

Le pouvoir d'achat

Peut-il fermer la porte à l'importation de l'immense production manufacturière chinoise ? Ce serait provoquer une baisse dramatique du pouvoir d'achat et priver sa propre famille d'une importation de vêtements vendus avec une marge bénéficiaire intéressante sur le marché américain. Le locataire de la Maison-Blanche a récolté beaucoup de votes en pourfendant les grands patrons de l'industrie américaine qui déplacent la production au Mexique ou ailleurs, mais peut-il vraiment arrêter le mouvement sans bouleverser l'économie ?

En campagne électorale, il s'opposait à l'augmentation du salaire minimum en évoquant le danger de miner la compétitivité. La solution, indiquait-il aux naïfs qui le croient sur parole, c'est de bloquer l'importation de produits étrangers en imposant des droits de douane et de déchirer les traités internationaux comme l'ALÉNA.

Sitôt installé derrière le Bureau ovale, le président Trump a entrepris l'application de son programme électoral. Au chapitre des échanges commerciaux, son langage peut signifier qu'il veut rien de moins que le beurre et l'argent du beurre. Et il a frappé une première fois sur les plus vulnérables, les régions du Québec exportatrices de bois d'oeuvre. Même si le tribunal international indépendant reconnu par les deux parties a jugé, après cinq ans d'enquête, que nos entreprises forestières pouvaient montrer patte blanche, le cauchemar des droits compensatoires reprend. La dernière fois, le règlement avait coûté un milliard $ essentiellement en frais juridiques à notre industrie forestière. C'est un détournement opéré par des prédateurs d'un budget qui devrait servir à la recherche et à la transformation à valeur ajoutée.

Les gouverneurs

Pour sauver l'ALÉNA, le Canada contourne l'autorité du président pour insister davantage sur leurs intérêts communs auprès des gouverneurs de 35 États américains dont le Canada représente le marché le plus important. Justin Trudeau et ses conseillers économiques ont complété, par la même occasion, avec 11 gouvernements d'États clés, les tractations entreprises depuis plusieurs mois dans le sillon du renouvellement de l'ALÉNA.

Les gouverneurs ont un poids déterminant auprès de la Maison-Blanche quand il s'agit d'économie. Et lorsque des différents éclatent comme dans le bois d'oeuvre, « la toute-puissance légendaire du président américain, constate l'ancien premier ministre Jean Chrétien dans sa biographie intitulée Passion politique, redevient platonique. »

Comme Donald Trump s'est proclamé adversaire du libre-échange, l'intérêt supérieur du Canada commande donc d'orienter l'action politique vers les gouverneurs. La stratégie de nos dirigeants politiques, autant d'Ottawa que de Québec, devrait donc, espérons-le, contrer suffisamment l'effet de son ennemi déclaré.




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