L'effet Trump frappe chez nous

Donald Trump... (Archives AP, Andrew Harnik)

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Donald Trump

Archives AP, Andrew Harnik

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

CHRONIQUE / Trois jours après la présence du professeur Gérard Bouchard au Cercle de presse, un sondage CROP-La Presse confirme les appréhensions du sociologue. Le même sentiment d'exclusion qui a propulsé l'indéfinissable Donald Trump à la présidence des États-Unis se manifeste, ici, avec une ampleur tout aussi inquiétante. 96 % des répondants ne croient plus aux ténors de la politique, des affaires et même des secteurs scientifiques et de l'information.

Ils sont également plus de 90 % à croire que les grands partis n'existent que pour défendre les intérêts des riches et des banques. Les préoccupations de la classe moyenne, leur reprochent-ils, ne figurent pas parmi leurs priorités.

Les exclus

« Le Québec qui se sent exclu, résume la consoeur Katia Gagnon après avoir procédé à un examen minutieux des données recueillies par CROP, est plus souvent jeune, âgé de 18 à 34 ans. » Sa formation académique se limite au secondaire et son revenu « familial » n'atteint pas 40 000 $.

Personne ne s'étonnera et l'ancien député de Roberval, Denis Trottier, fondateur d'Option-Régions, encore moins, d'apprendre que l'élite est devenue suspecte aux yeux de 60 % de la population. On n'apprécie pas sa condescendance et son obsession à imposer son opinion au reste du Québec. Comme l'avait observé Gérard Bouchard, le désabusement de la population est en progression depuis la récession de 2008. Interrogé par les journalistes présents, il a néanmoins avoué son étonnement. « Le Québec qu'on a connu est en train de glisser sous nos pieds », s'inquiète-t-il.

Deux Québec

Le sondage confirme également la perception, surtout dans les régions périphériques, que la méfiance s'accentue entre le tandem Coderre-Labeaume et les maires « de province ». Le statut spécial accordé aux deux grands centres suscite un immense malaise. Les milliards $ que l'État consacre à leurs projets de plus en plus grandioses ne sont pas encore suffisants. Le gouvernement ajoutera 50 millions $ annuellement aux revenus de Montréal pour notamment stimuler l'activité économique qui n'a pourtant jamais été aussi florissante avec les investissements de Québec et d'Ottawa ainsi que de la Caisse de dépôt dans le réseau routier et le transport en commun.

Pendant ce temps, les régions doivent se contenter des miettes qui tombent de la table des maîtres. Et elles se font dépouiller en baissant la tête, comme ce fut le cas lorsque Québec a autorisé l'établissement, dans la métropole, d'un centre d'expertise de l'aluminium (CeAl), qui offrira essentiellement les mêmes services que le CQRDA rend aux PME et aux professionnels de l'ensemble du territoire depuis près d'un quart de siècle. Nos députés observent attentivement, mais ils se gardent bien de trop déranger un système outrageusement manipulé par nos deux Cités-Nations. C'est ainsi que l'autorité politique favorisera l'effondrement économique d'anciennes reines industrielles ravagées par la mondialisation. Cette situation ressemble étrangement au délabrement tant dénoncé par le nouveau président américain de villes victimes de délocalisation d'usines.

En utilisant les armes du populisme, Donald Trump a obtenu du peuple souverain les clés de la Maison-Blanche. Le TIME en a fait sa personnalité de 2016 parce qu'il a « rappelé à l'Amérique que la démagogie se nourrit de désespoir et que la vérité ne vaut que pour la confiance qu'on accorde à ceux qui l'énoncent ». Le magazine ajoute une réalité qui devrait inspirer nos politiciens : « Il a donné confiance à un électorat caché en canalisant ses colères et en diffusant ses peurs ».

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