L'heure de vérité

René Lévesque... (Archives La Presse, Michel Gravel)

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René Lévesque

Archives La Presse, Michel Gravel

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le Mythe René Lévesque. Quand l'ami Michel Cloutier m'a présenté cet essai fort décapant avec un point d'interrogation au visage, j'ai avoué n'avoir jamais vu ce livre, sans manifester davantage ma curiosité. C'était au dernier Cercle de presse, qui avait reçu Philippe Couillard avant la pause estivale.

Cette réflexion politique de l'obscur Laurent Duval, un homme de culture qui vient d'atteindre sa 90e année, s'étire sur 226 pages. Elle effectue systématiquement le déboulonnage de notre héros national. Au dos du volume, l'éditeur résume ainsi la pensée maîtresse: «[...] cet ouvrage est une ferme invitation à se dégager d'une idéologie mensongère et néfaste pour l'ensemble de la société.» L'auteur fut notamment directeur des relations publiques de la Place des Arts, du Centre national des arts et des services français de Radio-Canada. Pour un admirateur de René Lévesque qui a eu l'avantage de l'interroger à plusieurs occasions et de l'entendre expliquer à son peuple les projets qu'il mijotait pour mieux assurer son avenir, chaque page du Mythe René Lévesque: portrait d'une société divisée à l'effet d'un cilice infligé à l'intelligence.

Le vrai gars de chez nous

Conscient de heurter la conception de son lecteur, Duval s'attarde durant tout un chapitre à donner sa définition d'un mythe avant de tracer ce portrait sympathique du grand homme: «Lévesque, pour beaucoup de monde, incarnait le vrai gars de chez nous, donc essentiellement vertueux, c'est-à-dire authentique, honnête, inaltérable, attachant, bafoué et humilié dans son propre pays, empreint d'humilité tout en étant fier de sa race, débordant de zèle et de compassion pour les siens qu'il allait, lui et lui seul, libérer du joug de l'establishment anglais pour les mener en terre promise, la république du Québec.» Le jugement est plus sévère quand il s'agit d'observer le résultat politique: «Le Québec, en proie à un nationalisme exacerbé et en mal d'émancipation, s'est laissé longtemps berner par un politicien bien intentionné, qui n'aura pas laissé son nom à l'histoire, mais à qui ses compatriotes auront néanmoins voué un culte démesuré.» Et il insiste sur les méfaits du mythe, notamment sa faculté à «tuer la réflexion dans l'oeuf en éliminant le doute...»

Duval fait frissonner en imaginant, au lendemain d'une victoire du OUI au référendum de 1995: «[...] l'horreur d'une guerre civile, du carnage, de la destruction et à n'en pas douter de l'occupation militaire dans l'immédiat.» Certes, le moment aurait été fort dérangeant, mais aucunement apocalyptique. Le fondateur du PQ n'était aucunement comparable à Fidel Castro, et le Québec n'a jamais entretenu les mêmes griefs que Cuba à l'endroit des États-Unis.

L'apocalypse

La nationalisation de l'électricité s'est opérée dans le plus grand respect des acquis du capitalisme étranger en sol québécois. René Lévesque a même servi sous la bannière étoilée, en Europe, durant la Deuxième Guerre mondiale, et c'est Lucien Bouchard, ami de la Maison-Blanche, qui aurait participé, au nom du Québec, au réaménagement de l'échiquier politique nord-américain si le peuple avait fait le choix ultime de la souveraineté.

Ce scénario appartient maintenant à la légende. Après deux refus, le PQ doit renoncer à son rêve ou disparaître. Sa clientèle régionale est fatiguée de l'opposition perpétuelle. Elle veut que l'accent porte dorénavant sur l'affirmation de notre identité, l'éducation et la croissance économique, non seulement à Montréal et dans la Capitale-Nationale, mais également dans l'immense périphérie depuis trop longtemps abandonnée.

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