Une histoire inachevée

Jacques Pelletier... (Photo Le Quotidien, Denis Villeneuve)

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Jacques Pelletier

Photo Le Quotidien, Denis Villeneuve

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

CHRONIQUE / Chicoutimi demeure le seul toponyme approprié pour désigner la capitale régionale. Des préoccupations politiques ont imposé le nom de Saguenay au regroupement, en 2002, de huit municipalités urbaines et agglomérations rurales. Une erreur que l'autorité politique devra corriger. 
C'est la pensée que l'ingénieur à la retraite Jacques Pelletier développe dans un ouvrage magistral, instructif et fort joliment présenté. Le toponyme Chicoutimi, Une histoire inachevée est toutefois davantage un livre à caractère pédagogique qu'un essai.

L'auteur se permet bien quelques taquineries à des acteurs importants de l'opération menée pour placer Saguenay devant Chicoutimi dans le choix du nom de la septième ville du Québec, mais rien de malicieux. Il a d'abord cité, dans l'avant-propos, cette boutade faite à l'époque par le maire Jean Tremblay pour banaliser la chose: «Le nom, il faut arrêter de donner de l'importance à tout le monde. Ma femme s'appelle Linda. Elle se serait appelée Marie et je l'aurais mariée pareil».

Le silence de la SHS

Plus loin, dans ce même texte d'ouverture, l'ancien président de l'ERD perçoit une manipulation dans «le silence de la Société historique du Saguenay qui s'est retirée très tôt du débat...» Son C.A. avait pourtant, un an avant la consultation populaire, désapprouvé, dans une résolution, la préférence manifestée par l'autorité municipale pour le nom de Saguenay. Le retour, sous une nouvelle direction, de la subvention retirée à l'administration précédente, a coïncidé avec un réajustement de l'attitude prise sur un sujet devenu tabou.

Le toponyme Chicoutimi, Une histoire inachevée débute par un véritable cours de géologie 101 suivi des récits laissés par les premiers explorateurs du Nouveau Monde, dont Jacques Cartier, de la naissance de Chicoutimi évidemment jusqu'aux fusions décrétées par le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard au début du deuxième millénaire.

Un volcan refoulé

Même les plus informés feront des découvertes en parcourant cet essai. La plus étonnante surgit dès la première page. Elle nous apprend que le fjord, la grande caractéristique de notre territoire, n'est pas l'oeuvre unique des glaciers. Ça d'abord été le résultat d'un volcan qui s'est lourdement affaissé après avoir tenté de percer la croûte terrestre. Il a façonné le lit du lac Saint-Jean et a creusé une faille que la dernière glaciation a ciselé pour produire notre majestueux fjord.

Après de laborieuses recherches, Jacques Pelletier situe à quelque 5000 ans le carrefour commercial établi par les peuples amérindiens devenu Chicoutimi. Une première famille française s'y est installée en 1697. Deux militaires britanniques en mission d'exploration ont décelé, en 1828, tous les attributs d'une future «ville d'un commerce considérable» dans cette tête de la navigation du Saguenay, précisément à l'endroit baptisé Eshk8-timi8, par les Amérindiens, c'est-à-dire «jusqu'où l'eau est profonde».

La ville a pris forme en 1842, quatre ans après l'arrivée des premiers défricheurs de La Société des 21. Elle est devenue «La reine du Nord» lorsqu'au tournant des 19e et 20e siècles, le dynamique maire Joseph-Dominique Guay et le bâtisseur de la Pulperie, J.-É-A. Dubuc, l'ont propulsé vigoureusement dans l'ère industrielle.

Après des années économiquement difficiles, la ville a repris son élan avec l'avènement des grandes industries de l'aluminium et des pâtes et papiers, mais son nom a été relégué derrière celui de Saguenay à la fusion de 2002. C'est une aberration, s'indigne Jacques Pelletier, «qui s'apparente à un assassinat de sa mémoire. Mais il n'est pas trop tard pour rétablir sa notoriété.»

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