La grande question

Alexandre Taillefer... (Archives La Presse)

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Alexandre Taillefer

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

CHRONIQUE / C'est l'animatrice Doris Larouche, de Café, boulot, dodo, qui a piqué ma curiosité. Peu de temps après l'ouverture de son émission matinale, elle a mentionné une réflexion étonnante faite par l'ancien dragon Alexandre Taillefer, propriétaire du nouveau réseau de taxis électriques blancs et verts.

L'homme d'affaires dénonçait théoriquement, dans son blogue, sous le titre Les régions, qu'ossa donne? la solution du rapport fédéral Higgins-Martin-Raynauld publié en 1970, soit qu'en investissant massivement dans la métropole, cela provoquerait un effet d'entraînement bénéfique à l'ensemble de la province. Nos gouvernements imposent depuis cette hérésie comme un dogme à l'économie québécoise, au grand malheur des régions périphériques comme la Côte-Nord, l'Abitibi-Témiscamingue, la Gaspésie et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Mauvais système

L'homme d'affaires résume ainsi la pensée qui domine dans le cercle du pouvoir: «Si Montréal a du succès, les régions en bénéficieront». Il est le premier homme d'affaires influent à reconnaître publiquement que «cette approche économique ne fonctionne pas. Elle n'aura permis finalement qu'une concentration accélérée de la richesse. Ni pour Montréal, ni pour les centres urbains du Québec, ni pour le monde rural, un tel système n'est pas viable. Il faut changer notre approche.»

Et comme pour faire un clin d'oeil au pays des Bleuets, il rappelle que Dédé Fortin chantait «qu'y est tombé une bombe su'a rue Principale depuis qu'y ont construit le centre d'achat!» «De nombreuses villes ont en effet choisi d'adopter des stratégies semblables à celles que l'on a développées dans les banlieues des grandes villes avec des effets catastrophiques...»

Plus loin, il soulève les carences du transport aérien interrégional très déstabilisantes économiquement pour les régions périphériques, en mentionnant notamment qu'il en coûte 1000$ pour voler jusqu'aux Îles-de-la-Madeleine (ou de Saguenay-Montréal). Les gens d'affaires de chez nous subissent ces inconvénients depuis la disparition de Québecair en août 1986. Le gouvernement refusait d'accorder annuellement quelques millions$ à ce service, alors qu'il consacre des milliards$ au transport en commun de la métropole en plus de dépenser 18,6 millions$ au Grand Prix dont le propriétaire, l'ineffable milliardaire Bernie Ecclestone, qualifie en retour Montréal de «trou merdeux».

Le plan Bourassa

Comme il a raison aussi ce Monsieur Taillefer de conclure que «si Montréal est souvent décrite comme le poumon économique du Québec, il est temps de reconnaître qu'un corps requiert de nombreux organes en santé. Et si nous nous unissions et travaillions tous ensemble à nous rendre respectivement plus forts et plus résilients, en reconnaissant les forces propres à chacune des régions, du Québec?»

J'ai souvenance que le gouvernement libéral de Robert Bourassa avait attribué, dans son «plan d'action en matière de développement» publié en octobre 1988 des créneaux d'excellence. L'État s'engageait à soutenir la répartition suivante: «Sherbrooke: la microélectronique; Gatineau: la production de logiciels, l'infographie; Trois-Rivières: les pâtes et papiers; Chicoutimi-Jonquière (Saguenay aujourd'hui): la métallurgie de l'aluminium; Rimouski-Mont-Joli: l'océanographie; Saint-Hyacinthe: l'agroalimentaire...»

Dans Les Affaires, le confrère René Vézina découvre avec ravissement que la fameuse transformation des ressources dont on rêve tant s'est imposée dans l'aluminium et que le succès de Devinci démontre que le Québec a appris à «domestiquer l'aluminium». Pourquoi donc ravir ce mérite à notre région?

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