On s'ennuie de Québecair

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'industriel Jeannot Harvey a piqué une sainte colère, la semaine dernière, en apprenant que la dernière modification d'horaire des liaisons aériennes Bagotville-Montréal-Trudeau pénaliserait encore davantage la région. Sans prévenir et en manifestant le plus grand mépris pour la classe d'affaires demeurant hors Montréal et Québec, Air Canada élimine toute possibilité d'un aller-retour dans la même journée pour participer à un dîner d'affaires.

Il faudra donc que le dirigeant ou le professionnel d'une PME d'ici ajoutent les dépenses d'une nuit d'hôtel et d'une journée supplémentaire dans la métropole à celles déjà exorbitantes d'une place dans le transporteur national, en plus de subir d'autres ajustements de services aux conséquences désastreuses pour l'activité économique des régions périphériques. C'est une nouvelle illustration d'incompréhension volontaire inspirée par une situation de monopole que le Québec a favorisée en tuant Québecair.

Alfred Hamel

C'est le regretté Alfred Hamel qui a fait entrer le Québec, en 1953, dans le cercle fermé de l'aviation commerciale internationale en fondant plusieurs compagnies aériennes régionales dans le moule de Québecair avec siège social à Dorval. Quand l'État en est devenu l'actionnaire majoritaire, l'entreprise employait 900 personnes.

L'initiative de l'ancien maire de Saint-Félicien, qui a également été le grand patron de Transport Hamel, était évidemment audacieuse, mais elle recélait une certaine notion de l'économie de partage dont le monde politique explorera les avenues dans un chantier que le premier ministre Philippe Couillard a promis de former en réponse aux demandes des jeunes libéraux réunis en congrès, dimanche, à Drummondville.

Citoyen de la ville où le chef du gouvernement libéral a établi sa résidence permanente, Alfred Hamel avait voulu corriger l'injustice dont les voyageurs des régions périphériques sont toujours les victimes. Il s'indignait de voir Air Canada inscrire les routes régionales à ses itinéraires uniquement pour recruter la précieuse clientèle touristique que l'aviation commerciale occidentale se dispute âprement. L'avènement du transporteur québécois a provoqué, chez Air Canada, la réaction classique des puissants, soit la chute des prix dans le moindre espace aérien que Québecair osait emprunter. 

Le Fonds des générations

L'aventure s'est terminée quand le gouvernement a mis fin à son soutien financier de quelque 15 millions $ annuellement. Une contribution pourtant très modeste quand on la compare aux milliards $ versés au réseau routier et au transport en commun dans nos deux grandes agglomérations urbaines. Titulaire des Transports à l'époque, l'ancien ministre Guy Chevrette avait promis de remédier à la situation, en 2002, en proposant une politique du transport régional, mais il a quitté le gouvernement Landry après avoir perdu son portefeuille dans un remaniement ministériel.

La situation est encore plus douloureuse pour les régions périphériques, comme Roger Boivin, président de GPS, nous l'apprend dans sa chronique d'Informe Affaires. Les sept régions périphériques, qui comptent 13,7 % de la population québécoise, calcule-t-il, sont taxées à la hauteur de 70 %, « soit cinq fois plus que leur poids démographique, pour financer le Fonds des générations dont l'objectif est de contribuer au remboursement de la dette. »

L'imposante députation régionale ne pourrait-elle pas imposer à l'appareil gouvernemental la solution Québecair, mais adaptée aux réalités contemporaines de la mondialisation ?

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