Qui sauvera Saint-Édouard?

La défunte église Saint-Édouard, à La Baie.... (Archives Le Quotidien, Mariane L. Saint-Gelais)

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La défunte église Saint-Édouard, à La Baie.

Archives Le Quotidien, Mariane L. Saint-Gelais

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

CHRONIQUE / Denise Bombardier nous étonnera toujours. Qui aurait cru que cette intellectuelle présente sur toutes les tribunes fréquente régulièrement les casinos? C'est une passion relativement récente cependant qui s'est développée au cours de ses voyages. Progressivement, elle a ressenti le plaisir intense que procure le jeu et les dangers qu'il comporte.

« ... Dans le monde de l'instantanéité et du veau d'or, où le désarroi est palpable et l'inquiétude, le moteur de l'action, l'idée de décrocher un jackpot permet de rêver et de s'extirper d'un univers où trop de gens n'arrivent plus à supporter les ruptures diverses, la perte de sens de leur vie et la solitude ».

Elle constate d'abord que « les casinos sont parmi les rares endroits où les femmes seules se sentent en sécurité. Elles sont à l'abri du harcèlement, ne risquent guère de se faire apostropher de façon discourtoise ou grossière... » Les hommes se sentent, par contre, les maîtres dans ces « temples de la virilité. L'argent, le jeu, son parfum d'interdit, une atmosphère dominée par une adrénaline à couper au couteau et, dans plusieurs casinos - aux États-Unis, par exemple -, de l'alcool gratuit, tout concourt à satisfaire le mâle. »

Au Québec, constate-t-elle, la structure de la Société des casinos du Québec, une filiale de Loto-Québec, est unique au monde. En établissant son monopole, l'État a évité, en 1992, « de situer le débat social et politique autour de questions éthiques fondamentales ». Il percevait simplement ce « vice » comme une nouvelle source de revenus.

Charlevoix demeure « le plus agréable des casinos du Québec », mais ma visite récente après une longue absence m'a convaincu qu'il est lourdement déficitaire. L'État le fermerait s'il n'était pas, avec le Manoir Richelieu, un élément essentiel à l'activité touristique de cette région. Le casino de Montréal est le plus rentable, mais aussi le plus vorace. Denise Bombardier l'a vérifié. C'est d'ailleurs dans le chapitre qu'elle consacre aux casinos du Québec que j'ai réalisé l'ampleur de sa passion. Pour avoir notamment réalisé des gains de 1600 $ à Montréal et de 5550 $ en Floride, elle aura dû investir des montants importants. Mais comme tout fidèle client des casinos, elle oublie ses affrontements ruineux avec les machines à sous pour ne conserver en mémoire que leur générosité très rigoureusement programmée à cette hantise de l'appât du gain facile qui harcèle perpétuellement le jugement du joueur. 

Comme Denis Bombardier, René Lévesque et bien d'autres personnages entraînés dans le tourbillon d'une activité professionnelle exposée à la visibilité publique, j'ai fait, bien avant l'avènement des casinos au Québec, l'expérience de cette puissante attraction des jeux de hasard. Après la dislocation de notre groupe de passionnés du poker, j'ai fréquenté quelque temps le casino de Charlevoix avant d'abandonner définitivement cette « distraction » aux lendemains souvent amers pour préférer d'autres occupations plus enrichissantes.

Mgr André Rivest m'a rappelé cette époque en révélant, à sa dernière présence au Cercle de presse, que la seule offre sérieuse d'achat de l'église désacralisée de Saint-Édouard visait sa transformation en casino. On comprend sa réticence, mais après l'impossibilité financière d'y loger la bibliothèque de La Baie, seule Loto-Québec peut sauver ce bijou patrimonial. Les profits de la société d'État enregistreront une hausse dépassant les 100 millions $ en 2015-2016.

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