Le Sommet des illusions

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Le Sommet d'Alma a accouché d'une souris. Six mois après l'impressionnante... (Archives Le Quotidien)

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Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Le Sommet d'Alma a accouché d'une souris. Six mois après l'impressionnante opération, il n'a rien produit de déterminant. La région a raté une occasion unique de stimuler son économie rendue anémique notamment par les assauts de la concurrence, le retour aux affrontements hystériques d'une mentalité dépassée et les choix de Greenpeace aux dépens de notre industrie forestière.

Le premier ministre Philippe Couillard, député de Roberval, était animé des meilleures intentions, mais la machine n'a pas suivi. Elle a dissimulé derrière un paravent de convenance, une obstruction systématique pour servir des intérêts situés aux antipodes des préoccupations du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Des dés pipés

Un constat qui ne surprendra pas nos agents de développement. Malgré les nombreuses séances de consultation, les dés étaient pipés. Le chef de l'État s'est montré généreux de son temps en présidant le Sommet d'Alma et à la rencontre qui l'a précédée, au Montagnais, avec les représentants d'entreprises et d'organismes à caractère économique . Il a écouté chaque intervenant avec la plus respectueuse attention.

Le 19 juin, au lendemain de cette grand-messe socioéconomique, Monsieur Couillard, accompagné du ministre Jacques Daoust, titulaire de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, et du député de Dubuc Serge Simard, adjoint parlementaire du PM pour notre région, commentait la situation de l'industrie de l'aluminium dans le cadre d'une visite chez l'équipementier STAS. Mais à l'accueil, les invités furent surpris de constater que le document offert à tous contenait la «Stratégie québécoise de développement de l'aluminium 2015-2025». Les auteurs ne s'étaient évidemment pas inspirés des mémoires présentés sur ce sujet au cours du Sommet.

La Société de la Vallée de l'aluminium (SVA) héritait du créneau de la transformation de l'aluminium après avoir fait l'objet d'une recommandation des organisateurs du Sommet auprès des participants. Même s'ils reconnaissaient, dans leur livret d'appréciation, «le rôle clé du CQRDA dans le maillage entre les établissements d'enseignement et les besoins des PME en matière de recherche appliquée», ces mêmes gens décrétaient sa disparition en lui confiant une mission qui apparaît impossible dans les conditions actuelles, celle de «courtier en innovation».

1984 et 1991

L'erreur des penseurs du Sommet d'Alma, c'est d'avoir ignoré les résultats des opérations analogues tenues à Jonquière en 1984 et à Saint-Félicien en 1991. Au premier, les délégués des grandes industries de l'aluminium et de la forêt avaient prévenu la région que pour affronter les défis de la mondialisation, on plafonnerait le nombre d'emplois au niveau de l'époque en appliquant la technologie la plus efficace. Le patronat offrait cependant sa contribution au développement du secteur manufacturier.

Au deuxième Sommet, l'UQAC avait convaincu trois partenaires, Alcan, STAS et le Cégep de Jonquière, de soumettre un projet de transformation de l'aluminium au gouvernement libéral de Robert Bourassa. C'est ainsi que naquit le CQRDA, ce centre de liaison et de transfert technologique que des forces occultes s'acharnent à démanteler.

Le modèle, dont l'efficacité a été reconnue dans les évaluations effectuées par des firmes indépendantes, a généré, depuis son établissement, plus de 6000 emplois, dont 2000 au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Par son effet levier, il a provoqué chez les PME des investissements sept fois supérieurs à l'aide gouvernementale consacrée à l'innovation. Mais la machine n'a rien entendu. Elle avait déjà fait ses choix.

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