La politique selon Machiavel

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Avant de replonger dans l'actualité après la pause du mois d'août, permettez deux mots sur mes lectures estivales préférées, J'ai vu mourir Kennedy et Machiavel et Savonarole. À caractère politique, ces deux oeuvres ajoutent de l'intérêt à une campagne fédérale invisible en régions. Je n'aurais jamais consacré de temps à l'assassinat de l'ancien président américain si un ami ne m'avait pas recommandé ce thriller autour de la fin tragique de celui qui a redonné aux États-Unis l'élan nécessaire pour surmonter la déprime semée par la Guerre froide.

Tout comme la majorité des gens de ma génération, le doute persiste dans mon esprit sur les circonstances de ce dramatique 23 novembre 1963 où le chef politique le plus puissant de la planète fut la cible, à midi et trente, d'un certain Lee Harvey Oswald, installé au cinquième étage d'un dépôt de livres. Malgré les conclusions de la Commission Warren chargée de faire la lumière sur cette affaire, les sceptiques ont toujours soupçonné des membres de la sécurité nationale ou la mafia d'avoir ourdi le complot d'éliminer un président réformateur, devenu un peu trop dérangeant. Journalistes, cinéastes et un procureur ont d'ailleurs exprimé cette conviction après avoir mené leur propre enquête.

Avec son deuxième roman édité par JCL, Claude Coulombe réussit à captiver de la première à la dernière ligne. Il rend crédible une conspiration impliquant d'opposants acharnés du président Kennedy, dont un général déchu, pour remplacer le locataire de la Maison-Blanche par un coup d'État camouflé en geste solitaire d'un converti à l'idéologie communiste. À lire absolument par les nostalgiques de l'ère Kennedy.

Le Prince

Max Gallo surprend encore ses lecteurs en présentant Machiavel et Savonarole, La Glace et le Feu. La pensée de Machiavel, immortalisée dans Le Prince, inspire depuis sa publication en 1515, les assoiffés de pouvoir alors que le souvenir de son contemporain, le moine Jérôme Savonarole, prédicateur enflammé et convaincant, s'est dissipé dans la nuit des temps après sa mort affreuse sur le bucher. Secrétaire de chancellerie et conseiller des princes florentins, Machiavel a vécu dans l'inquiétude des humeurs changeantes des puissants qui se disputaient l'autorité et les richesses d'une Italie déchirée par des luttes intestines opposant Rome, Venise et Florence. Après avoir subi la torture, l'exil et l'ingratitude des seigneurs, il échappa à l'échafaud. Mais la confiance de maîtres toujours inquiets demeura fragile jusqu'à son décès.

Avec Le Prince, il a laissé aux conquérants et dirigeants de toutes les époques un code du pouvoir. Machiavel résume ainsi l'essence de sa doctrine: «Pour conquérir le pouvoir, il faut la ruse du renard et la force du lion.» Max Gallo perçoit Machiavel comme «un homme de l'ombre» qui a fondé la science politique et conquis «la gloire de la pensée».

Quant à Savonarole, il a fait trembler les puissants avec ses dénonciations prononcées du haut de la chaire dans des églises remplies de fidèles repentants. Mais l'ignoble Inquisition guettait... Après le prononcé de l'excommunication par Alexandre V1, le prédicateur refuse de se repentir et l'autorité civile craint le soulèvement des partisans de Savonarole. Le peuple attend vainement une intervention du ciel. C'est plutôt la haine qui se manifeste contre l'orateur génial et ses deux disciples, membres de la même congrégation, qui seront brûlés vifs, tout comme Jeanne d'Arc 67 ans plus tôt.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer