«Monsieur» nous quitte

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Le premier ministre Jacques Parizeau lors de son discours après... (Archives Le Soleil)

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Le premier ministre Jacques Parizeau lors de son discours après la défaite au référendum du 30 octobre 1995

Archives Le Soleil

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Deux souvenirs ont surgi dans ma mémoire à l'annonce du départ de Jacques Parizeau. Le premier, c'est la conférence de presse qu'il avait donnée avant la lecture de son exposé budgétaire à l'Assemblée nationale au début de la décennie 1980. Le deuxième fut sa rencontre avec les membres du Cercle de presse du Saguenay lors de la campagne référendaire de 1995.

Le ministre des Finances sous René Lévesque avait la sens théâtral. Enfermés au Salon rouge depuis leur arrivée, dans la matinée, les journalistes attendaient sa visite avec fébrilité l'occasion de lui poser les questions qu'ils avaient mijotées en explorant la pièce maîtresse de la session parlementaire avec l'aide des mandarins devenus, en cette circonstance, aussi disponibles que des valets de chambre.

«Monsieur», comme le désignaient les chroniqueurs parlementaires, entra dans la salle d'un pas solennel. Il s'installa, comme un chef d'État, à la tribune aménagé pour la circonstance. Son regard fit un mouvement circulaire probablement pour distinguer les envoyés de la presse anglophone et étrangère avant d'adresser un mot de bienvenue.

Après une pause bien planifiée, il lança cette surprenante observation qui me fit rougir jusqu'au bout des doigts: «Je salue également les journalistes de nos quotidiens régionaux, notamment Bertrand Tremblay, un citoyen de la région la plus indépendantiste du Québec.»

Même si j'ai toujours soupçonné son collègue Marc-André Bédard de lui avoir soufflé mon nom, Jacques Parizeau admirait l'esprit d'entreprise des gens d'ici et il se souvenait, avec douleur, des difficultés que de grands industriels comme J.-E.-A. Dubuc ont éprouvées auprès du grand capital de l'époque. Cette attitude, il l'a ressentie dans le combat pour le financement de la nationalisation de l'électricité qu'il a finalement remporté.

Souveraineté

La souveraineté est devenue une obsession quand l'Université McGill refusa l'abonnement gratuit de l'Actualité économique, l'organise officiel des HÉC (Hautes études commerciales) dont il était le secrétaire général. Un rejet qu'il a perçu comme «un mépris complet pour tout ce qui est français.»

Quant il s'est adressé aux membres du Cercle de presse du Saguenay, lors de la campagne référendaire, il exposa, avec conviction, ses raisons profondes. Dans la monumentale biographie en trois volumes que le journaliste Pierre Duchesne, originaire de Jonquière, lui consacre, Jacques Parizeau explique ainsi pourquoi son père a préféré que ses trois fils poursuivent leurs études supérieures à Londres: «....parce que comme ça, personne ici dans ce milieu, ne pourra nous considérer comme des incompétents. Vu que nous avons été formés par des Britanniques, les Canadiens anglais se nieraient eux-mêmes. Ils peuvent se dire: ils sont nous-mêmes, ils doivent donc être bons.»

Plusieurs indépendantistes ont entendu ce message de Gérard Parizeau, père, notamment le député Alexandre Cloutier, de Lac-Saint-Jean.

Les temps ont bien changé. Les Québécois sont maintenant de plus en plus présents dans la production industrielle et la haute finance. La Caisse de Dépôt, une autre réalisation de ce seigneur de la politique, est devenue une puissante institution. Si Jacques Parizeau a erré dans les grands choix de l'État, c'est lorsqu'il s'est fait l'ardent promoteur de l'énergie nucléaire. Mais, «élégant, il a dextérité du magicien et la finesse de raisonnement d'un intellectuel», reconnaissait Claude Ryan. C'est la pensée que le peuple voudra conserver de ce ministre des Finances qui dirigea le Québec l'espace d'un an et demi.

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