L'idée de Dieu

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Le jugement de la Cour Suprême, c'est une... ((Photo Le Droit, Étienne Ranger))

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Le jugement de la Cour Suprême, c'est une calamité. Il ne clôt pas le débat sur la laïcité. Il rouvre plutôt la boîte de Pandore que voulait refermer la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.

(Photo Le Droit, Étienne Ranger)

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Le jugement de la Cour Suprême, c'est une calamité. Il ne clôt pas le débat sur la laïcité. Il rouvre plutôt la boîte de Pandore que voulait refermer la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.

Ne vous méprenez pas. Même si ma foi résiste toujours à tous les questionnements du darwinisme, je suis fermement favorable à la laïcité. Nous ne sommes plus au Moyen-Âge où l'autorité religieuse dominait ou partageait le pouvoir de l'État. En démocratie, c'est le peuple qui est souverain. Le gouvernement, lui, est soumis malgré toutes les astuces de nos Machiavels et les dérives de l'appareil administratif.

Compromis rejeté

Le maire Jean Tremblay a desservi la cause des croyants en voulant imposer la prière publique avant chaque séance du conseil municipal. Après avoir énergiquement exprimé sa préférence, il aurait dû accepter l'honorable compromis offert par le Mouvement laïque québécois de remplacer la prière par une minute de silence. Notre premier magistrat a eu heureusement la sagesse de ne pas répliquer sur le vif comme il le fait trop souvent, mais de s'imposer une journée de réflexion avant de réagir à la décision du plus haut tribunal de la nation. Sa perception fut agréablement sereine.

Mais ce jugement nous réserve bien des déchirures. Il alimente le plaidoyer de tous ceux qui veulent éliminer la présence des signes religieux dans l'espace public tout en incitant les conquérants d'autres croyances que celle du christianisme à combler le vide laissé par l'abandon de la pratique religieuse par une majorité de Québécois francophones.

L'opinion la plus éclairée sur le sujet a été exprimée, dans cette même page du Quotidien de vendredi dernier, par l'écrivain et théologien Jean-Paul Simard. Il cite l'exemple de la France qui, après avoir massivement rejeté le catholicisme, voit les mosquées remplacer les églises. Le responsable de la société musulmane prédit que leur nombre dépassera 10 000 avant cinq ans. Jean-Paul Simard redoute que le sentiment religieux soit éventuellement « assumé par la religion islamique, parce que fortement motivé par le désir d'expansion universelle... On ne se débarrasse pas aussi facilement de l'idée de Dieu».

Le patrimoine

Comme le catholicisme domine encore la société québécoise, il demeurera la cible d'un mouvement laïc qui se montre toutefois très sélectif dans ses interventions publiques. Il manifeste ainsi plus de tolérance à l'endroit des communautés juive et musulmane. Avec la bénédiction de la Cour Suprême du Canada, les sikhs, par exemple, peuvent porter, dans les lieux publics, le kirpan, une arme symbolique reliée à cette région.

Les juges ne se montrent pas aussi conciliants envers les catholiques quand ils rejettent le concept de « neutralité bienveillante » émis par la Cour d'appel du Québec pour justifier son acceptation de la prière publique.

Victoire acquise sur la récitation de la prière, le Mouvement laïc québécois poursuit son combat. En scrutant le texte du jugement, son conseiller juridique, Luc Alarie, a perçu une ouverture qui pourrait mener à la disparition du crucifix derrière le trône du président de l'Assemblée nationale. «Si, sous le couvert d'une réalité culturelle, historique ou patrimoniale, l'État adhère à une forme d'expression religieuse, il ne respecte pas son obligation de neutralité», décrètent les juges.

Les politiciens conserveront leur privilège de la décision finale. Ils sonderont l'opinion publique avant de trancher entre le retrait du principal symbole de la chrétienté ou son déplacement dans une autre salle de l'Assemblée nationale.

Souhaitons que les catholiques mettent dorénavant l'accent sur la sauvegarde du patrimoine religieux. Nos dirigeants pourraient ainsi imiter l'ancien ministre Marc-André Bédard qui poursuit, intensivement, depuis des années, sa cueillette des fonds nécessaires au financement de la restauration de la cathédrale de Chicoutimi.

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