L'énigme Greenpeace

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Responsable de la campagne forêt chez Greenpeace, Nicolas... ((Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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Responsable de la campagne forêt chez Greenpeace, Nicolas Mainville a demandé à Québec d'activer les choses pour la mise en place du nouveau régime forestier québécois.

(Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Il a la tête d'un artiste ou plus précisément d'un acteur de cinéma avec une barbiche qui prolonge sa chevelure ondulée pour encadrer une bouche toujours souriante. À sa première présence au Cercle de presse du Saguenay la semaine dernière, Nicolas Mainville, responsable de la campagne forêt chez Greenpeace, joua au pédagogue en s'appliquant à convaincre, avec l'aide de tableaux projetés sur grand écran, des étudiants à la fois sceptiques et rébarbatifs.

Cette séance d'information avait quelque chose de surréaliste. Elle présentait, dans un encadrement sympathique, le directeur québécois du mouvement perçu, chez nous, comme le perturbateur qui, avec de redoutables armes économiques, ajoute aux malheurs qu'internet fait subir aux employés d'une industrie en profonde mutation.

Message douloureux

L'invité portait l'habit de l'élite occidentale contemporaine très tendance: un complet classique, une chemise de couleur, ouverte au cou, et sans cravate. Il arborait un air détendu. Le sourire était discret et même un peu réticent lorsque la question paraissait agressive. Nicolas Mainville a débité son sermon écologique d'une voix monocorde qui imposait à ses auditeurs une grande concentration pour en saisir toutes les nuances.

Le message qu'adresse Greenpeace au pays des Bleuets est aussi simple que douloureux pour tous ceux qui vivent de la forêt: Québec doit réserver une aire protégée de 10 000 kilomètres carrés dans le périmètre des Montagnes blanches pour assurer la survie du caribou forestier. Et Résolu, tout comme les autres exploitants de la forêt boréale commerciale, doivent obtenir l'autorisation des Cris avant de couper un arbre. Cette dernière obligation est inscrite dans le pacte de la Paix des Braves signé par le gouvernement du Québec.

Les milliers d'emplois perdus depuis la dernière crise et l'affaissement de l'industrie du papier journal ne pèsent pas lourd dans la balance. Et quand des spécialistes estiment que l'immense territoire boisé interdit à l'exploitation industrielle, au-delà de la limite nordique, devrait amplement suffire à la survie du caribou forestier, Mainville et Greenpeace opposent un non catégorique en insistant pour que l'État soustraie cette aire protégée à la forêt boréale commerciale.

La recherche

Et pourtant, faisait observer le confrère Louis Tremblay, Arbec a obtenu la certification FSC «pour un territoire pratiquement identique à celui de Résolu, avec les mêmes hardes de caribous qui circulent dans les deux unités.» Deux poids, deux mesures?

L'affrontement entre Greenpeace et Résolu fait davantage mal au Saguenay-Lac-Saint-Jean qu'à la multinationale qui peut transférer les contrats à ses usines américaines quand l'application, en terre saguenéenne, du concept de développement durable, est censurée par les mouvements écologistes et menace des centaines d'emplois comme à la papeterie d'Alma.

C'est la calamité que craignait Jean-Marc Crevier avant de quitter la direction régionale de la FTQ. «Ils sont en train de nous faire le coup des bébés phoques», redoutait-il.

Quelles pensées circulaient dans la tête de Daniel Lord qui assistait, en qualité d'observateur, à cette séance du Cercle de presse? Dans l'immédiat, le professeur de l'UQAC et directeur du Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale, préfère démontrer au gouvernement la nécessité de mieux connaître l'état de la ressource et la situation du caribou forestier.

Or le budget de la recherche sur le terrain vient de passer de 2 millions$ à 600 000$. Il ne permet donc plus ce nécessaire examen et retardent à des étudiants l'accès à la maîtrise.

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