Les personnalités 2014

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Alain Gagnon... (Archives Michel Tremblay)

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Alain Gagnon

Archives Michel Tremblay

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Après le dramatique renversement politique provoqué par le phénomène PKP, 2014 nous quitte sur un immense soupir de soulagement et mille incertitudes.

Ce mouvement de détente au terme de négociations perturbées par les soubresauts de l'économie mondiale, il est survenu vendredi dernier, quand le premier ministre Philippe Couillard est venu confirmer, sur le plancher même de la vieille usine des précuites d'Arvida, le prolongement des activités d'électrolyse dans les six salles de cuves jusqu'à 2020. L'entente scellée entre la compagnie et Québec survient comme un cadeau de Noël avec la sauvegarde de 1000 emplois de qualité.

Une solution originale

La région recueille les retombées d'une concertation menée par l'énergique chef syndical Alain Gagnon et l'influent patron de RTA en Amérique du Nord, Étienne Jacques. Le président des syndiqués d'Arvida est un philosophe de la réalité contemporaine. Plutôt que de monter aux barricades à la première friction, il a surveillé l'évolution du marché mondial de l'aluminium, analysé la situation du complexe Jonquière et avec l'assentiment de ses troupes, il a soumis ses propositions réalistes à l'autorité suprême de la compagnie.

Une ouverture prometteuse a ravivé l'espoir. La partie patronale exigeait toutefois une réduction des coûts d'exploitation pour soutenir une concurrence accentuée par deux facteurs bien connus, des éventaires toujours trop élevés et la rentabilité réduite d'une usine rendue à bout d'âge. Les employés ont répondu par des économies d'une trentaine de millions de dollars et leur syndicat a cautionné une réduction, par attrition, de 600 postes.

Il fallait impliquer le gouvernement dans le compromis. Le député de Roberval et premier ministre veillait au grain. Les négociations ont été difficiles, a avoué Jacques Daoust, le ministre de l'Innovation et des Exportations, mais heureusement, les deux camps se sont regroupés autour d'un résultat dans lequel chacun y trouve son intérêt. On espère bien que la guerre de l'énergie qui secoue, pour la première fois, les monarchies pétrolières du Golfe persique, ne retardera pas au-delà de 2020 la réalisation des deuxième et troisième phases de l'AP60.

Les sceptiques

Certains éléments de l'entente qui touchent les relations avec les PME laissent cependant un immense point d'interrogation. Par exemple cet engagement d'offrir, annuellement, 35 000 tonnes métriques. La quarantaine d'entrepreneurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui réussissent le tour de force, après une vingtaine d'années de recherche-développement soutenu par l'État et la grande entreprise, à générer plus de 2000 emplois dans la fabrication d'équipements et la transformation de l'aluminium, se montrent toutefois sceptiques.

La raison est simple. Arthur Gobeil, le président de la Société de la Vallée de l'Aluminium (SVA) qui cumule les responsabilités de trésorier d'Aluquébec, la Grappe de l'aluminium récemment installée à Montréal, nous le rappelait dans l'entrevue accordée à AL13: les PME n'ont jamais pu utiliser les 50 000 tonnes mises à leur disposition après le Sommet de 1991. "...il faudrait que nos entreprises puissent obtenir de nos alumineries le métal dont elles ont besoin, mais 1000 obstacles s'y opposent comme les engagements pris par les producteurs québécois auprès d'importants clients. Des entreprises américaines interdisent notamment que leur fournisseur de métal leur fasse concurrence.»

Et le système prive nos PME de leur avantage géographique. Elles paient le métal disponible à l'aluminerie d'à côté le même prix que celles situées à des milliers de kilomètres. C'est une forme de protectionnisme imaginée par les grands financiers de la planète.

La victoire reliée aux précuites est attribuable à Alain Gagnon et Étienne Jacques qui ont réussi à faire passer, à travers le filtre des normes gouvernementales et des obstacles économiques, une solution conçue sur mesure pour les intérêts de la région et du Québec.

Espérons que les agents du gouvernement qui ont participé au règlement n'ont pas semé, par leur méconnaissance de cette industrie, des éléments inapplicables dont les effets négatifs se manifesteront trop tard.

Mais entre temps, proclamons les deux grands vainqueurs, Étienne Jacques et Alain Gagnon, personnalités de l'année.

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