Une époque oubliée

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Des milliers de citoyens et des personnalités publiques... (Photo: La Presse Canadienne)

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Des milliers de citoyens et des personnalités publiques se sont déplacés, dimanche au Centre Bell, pour rendre hommage à Jean Béliveau, décédé mardi dernier.

Photo: La Presse Canadienne

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

(Chicoutimi) Permettez que je revienne une dernière fois sur l'émoi national provoqué par le décès de Jean Béliveau. Les Saguenéens seniors de 1952-53 ont disparu après avoir remporté le championnat le plus prestigieux de l'histoire sportive du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le départ du «Gros Bill» replace cet exploit dans l'actualité. Certes, les médias nationaux ignorent outrageusement ce moment glorieux. On aurait tort cependant de leur en tenir rigueur. Ils ne connaissent rien de cette ligue senior qui a suscité tous les questionnements de la LNH par sa capacité à retenir les services d'un athlète que les six équipes de l'époque - on en dénombre 30 aujourd'hui - espéraient bien pouvoir recruter.

La LNH a bien changé...

Selon les lois du système, les Rangers de New York, derniers au classement, auraient mérité le premier choix. Mais Roland Hébert, qui avait perçu le talent exceptionnel de Jean Béliveau alors qu'il dirigeait les Tigres de Victoriaville, veillait au grain. Il favorisa le transfert de sa vedette aux Citadelles de Québec et tout en formant une équipe dominante qui logerait dans le Colisée tout neuf (à la suggestion du regretté Robert Quenneville, l'amphithéâtre sera rebaptisé Centre Georges-Vézina plus tard), le pilote des Saguenéens senior imaginait, avec la direction des Canadiens, une stratégie pour que Jean Béliveau quitte Québec et échappe à la loi du repêchage.

Pour casser la résistance de l'athlète, l'organisation montréalaise lui offrit évidemment un contrat en or et elle acheta littéralement le statut de la ligue senior et les droits sur son étoile de 22 ans. Mais avant de s'éteindre, la Ligue senior du Québec a couronné ses derniers champions au terme d'une finale 6 de 11. À leur quatrième saison, les Saguenéens remportent la rencontre ultime, 2-0, le dimanche 20 avril 1953 l devant plus de 9000 partisans survoltés. Si on a pu placer autant de monde, c'est parce que l'aréna n'était pas encore pourvu de sièges.

Mais le hockey professionnel et les médias nationaux cachent ce triomphe comme une plaie. Ils rappellent et commentent le passage de Jean Béliveau chez les Citadelles et les As de Québec, mais en évitant de mentionner que les Saguenéens eurent le meilleur sur les représentants de notre «Capitale nationale».

Même dans Jean Béliveau, une époque, un regard, les biographes anglophones Chrys Goyens et Allan Turowetz ainsi que l'écrivain Georges-Hébert Germain, qui a procédé à la traduction, font dire, en page 85, cette énormité à leur personnage: «... nous étions, dans l'ensemble, rapides et solides, déterminés aussi. C'est ce qui nous a permis, en 1953, de vaincre les Saguenéens de Chicoutimi en finale». En vérité, c'est plutôt l'année précédente que les As raflent tout. Mais je ne relève aucune mention du championnat remporté par les Saguenéens dans cette édition lancée en 1994, soit 23 ans après sa retraite.

Trou de mémoire

Sans vouloir corriger cette négligence des maisons d'édition responsables de cette publication, l'écrivain Rosaire Gagnon commence la biographie Histoire d'un gagnant, qu'il consacre à Roland Hébert, par une captivante description de la dernière minute de l'historique victoire arrachée à Jean Béliveau et aux As de Québec le 20 avril 1953. La préface porte la signature de nul autre que... Jean Béliveau. Si la presse sportive nationale manifeste une discrétion suspecte sur ce championnat remporté par les Saguenéens, Wikipédia, l'encyclopédie libre d'Internet, le mentionne clairement en retraçant les grandes étapes de la carrière de Jean Béliveau.

On devrait mettre davantage en lumière les grandes étapes sportives du hockey chez nous. Certes, la mémoire de Georges Vézina est bien vivante dans le hall d'entrée. Mais en attendant la Coupe Memorial, on réconforterait notre fierté collective écorchée ces dernières années en donnant un nouveau lustre à ces héros d'un passé relativement récent de l'époque marquée par les hauts faits de Jean Béliveau dans la défunte Ligue senior du Québec.

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