Le démantèlement

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Le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc.... (Photo Andréanne Lemire, archives Le Soleil)

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Le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc.

Photo Andréanne Lemire, archives Le Soleil

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Après avoir perdu l'avantage du pouvoir et l'influence de trois ministres seniors, la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean s'estimait privilégiée d'avoir gagné, avec la victoire libérale du 7 avril dernier, le député de Roberval comme leader régional et par surcroit premier ministre.

Dix mois plus tard cependant, elle déchante. Philippe Couillard inspire toujours confiance avec sa physionomie rassurante de bon père de famille à la carrure imposante et au verbe calme qui synthétise clairement, en quelques mots, les situations les plus complexes. Les problèmes n'existent pas avec cet urbain amant de la nature. Ils sont avalés lentement par des solutions soigneusement planifiées.

Une machine sans pilote

Mais la machine façonnée par des métropolitains horriblement étrangers aux préoccupations régionales applique un tout autre discours. Elle s'apprête notamment à remplacer les agences régionales par des Centres intégrés de santé et services sociaux (CISS) qui, avec une équipe de fonctionnaires placée à Québec sous la direction d'un président-directeur général et de son adjoint, gérera le nouveau système. Les CISS siégeront en région, mais les emplois seront déplacés dans la capitale.

Le ministre Yves Bolduc s'apprêterait à effectuer un mouvement analogue avec les commissions scolaires. Il a annoncé une grande réforme en réaction au désintéressement accru des contribuables à l'endroit de cette structure. Tout comme son collègue à la Santé, le Dr Gaétan Barrette, il justifiera une autre étape de centralisation en feignant éliminer les excès de la bureaucratie. Là encore, il refilera aux services du ministère l'administration du personnel enseignant et du transport scolaire dans les régions. L'intention de confier ces tâches à la direction des écoles n'est qu'une vue de l'esprit.

La gratte de l'équilibre budgétaire ne semble active qu'en région. Au lendemain de l'élection, elle a décrété une réduction majeure de l'enveloppe consentie au Centre québécois de recherche et développement de l'aluminium (CQRDA), qui a pignon sur le boulevard Talbot, à Chicoutimi, le seul organisme provincial de liaison et de transfert à l'extérieur de Québec et de Montréal. Créature d'un consortium régional comprenant notamment l'UQAC et Rio Tinto Alcan, elle a, selon les statistiques relevées par Québec, participé, dans la Vallée de l'aluminium seulement, à la formation ou au développement d'une quarantaine de PME qui génèrent, après une vingtaine d'années, plus de 2000 emplois, soit l'équivalent de trois alumineries.

Les CRÉ et les CLD

Devant un tel résultat, le député de Roberval et premier ministre est intervenu, au nom de l'efficacité économique, pour sauver le CQRDA. Mais la machine y a injecté le virus mortel de subventions au goût stérile qui remplacent dorénavant les prêts remboursables selon la rentabilité de la recherche. Le critère du rendement permettait aux meilleurs entrepreneurs d'imposer leur compétence et de percer les marchés étrangers.

L'annonce de l'élimination des CRÉ et des CLD sème également l'inquiétude. C'est la politisation de l'économie, craignent des leaders comme le syndicaliste Jean-Marc Crevier. Seuls les maires Labeaume et Coderre triomphent au milieu de la tempête. Au dernier congrès de l'Union des municipalités, ils se serraient la main en arborant le plus large sourire devant le premier ministre.

«On comprend, révélait aux médias le maire de Gaspé, Daniel Côté. Ils ont refilé à l'État des problèmes de fonds de retraite de leurs employés de 300 millions$ pour Québec et de 800 millions$ pour Montréal.»

Et la capitale comme la métropole évitent le couperet du déficit zéro. À Québec notamment, nous apprend Françoise Bertrand, la pdg de la Fédération des chambres de commerce du Québec, les 44 organismes d'aide aux PME et leurs 650 employés figurent toujours dans la comptabilité de l'État. Parallèlement, en informatique, l'argent coule à flots avec l'élaboration du Réseau national intégré de radiocommunication (RENIR). François Legault, le Monsieur Net de la CAQ, réclame même la tenue d'une commission d'enquête, car le problème lui semble aussi grave que dans le secteur de la construction.

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