Gardons Champlain

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Déboulonner la mémoire de Champlain dans l'imaginaire collectif... (PHOTO FOURNIE PAR INFRASTRUCTURE CANADA)

Agrandir

Déboulonner la mémoire de Champlain dans l'imaginaire collectif pour élever sur un piédestal la fierté que nous inspire le souvenir de Maurice Richard.

PHOTO FOURNIE PAR INFRASTRUCTURE CANADA

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Déboulonner la mémoire de Champlain dans l'imaginaire collectif pour élever sur un piédestal la fierté que nous inspire le souvenir de Maurice Richard. Quelle insulte à l'Histoire! C'est l'opération que le gouvernement fédéral s'apprête à effectuer sans doute pour atténuer l'opposition au péage.

Pourtant, à l'instar de tous les Québécois amateurs de hockey, je vibre encore d'admiration quand mon esprit se balade parmi les années glorieuses du Canadien. Je me souviens de l'émoi que ce héros de mon adolescence avait provoqué en enfilant 50 buts en autant de matchs durant la saison 1944-45. À sa 18e et dernière campagne, après avoir participé à huit reprises à la conquête de la Coupe Stanley, le coup de patin était devenu laborieux, mais la détermination de Maurice Richard avait suffisamment fouetté la lassitude de l'âge pour lui permettre d'enregistrer un rendement encore honorable de 35 points, dont 19 buts.

Le père de la Nouvelle-France

Mais malgré cet attachement national à ce regretté champion, Stephen Harper et son lieutenant québécois, Denis Lebel, s'égarent en s'imaginant que le peuple québécois leur sera reconnaissant de substituer Champlain à Maurice Richard pour désigner le pont qui remplacera la structure dangereusement désuète qui relie Montréal et la Montérégie. La réaction des internautes le confirme. Si Ottawa avait misé sur leur connaissance très rudimentaire de nos origines, il déchantera.

Samuel de Champlain, fondateur de Québec, domine le palmarès des bâtisseurs de la Nouvelle-France. C'est David Hacket Fisher, de Boston, l'historien américain le plus renommé qui l'affirme dans Le rêve de Champlain, un récit richement documenté de 994 pages publié par Boréal. L'édition remonte à l'an dernier. Il nous présente le personnage encore méconnu «avec ses multiples facettes de soldat, d'artiste doué, de cartographe de génie et de navigateur hors pair.»

En cette première moitié de 17e siècle, période noire de l'Église romaine où l'Inquisition violait le message du Christ par la terreur, Samuel de Champlain dénonce constamment dans son journal et son livre de bord la cruauté des Espagnols conquérants, surtout à l'endroit des indigènes mexicains. Parmi tous les explorateurs européens qui parcouraient les terres vierges du Nouveau Monde pour en revendiquer la propriété au nom de leurs souverains, Samuel de Champlain fut sans doute celui qui manifesta le plus grand respect à l'endroit des autochtones.

Ils sont, insistait-il auprès d'Henri 1V et de ses courtisans toujours sceptiques, «parfaitement égaux aux Européens en intelligence».

Leader visionnaire

Mal conseillée par son entourage et par la cupidité de prospères commerçants, la royauté n'a pas bien perçu le grand dessein de Champlain, celui d'une Amérique peuplée de colons français vivant en parfaite harmonie avec les premiers occupants.

Tout comme Jacques Cartier 69 ans plus tôt, Champlain pénétra prudemment dans l'embouchure du Saguenay le 12 juin 1603. À la même date, en 1838, soit 221 ans plus tard, 14 pionniers de la Société des 21 poursuivaient jusqu'à La Baie le même parcours pour entreprendre la colonisation de notre région. Champlain sur son trois-mâts avait rebroussé chemin après avoir franchi 80 kilomètres. Il observa durant une semaine «cette belle rivière» tout comme les «montagnes et promontoires de rochers, la plupart couverts de sapins et de bouleaux, terre fort mal plaisante».

Il poursuit ainsi sa description: «Les rives sont de vrais déserts inhabités d'animaux et d'oiseaux». S'il avait poursuivi son exploration jusqu'au coeur du Royaume, il aurait découvert l'immense réservoir de ressources naturelles dont l'exploitation n'a véritablement commencé qu'en 1816 durant le blocus de Napoléon...

Au cours des 30 années suivantes, Champlain a imprégné le génie de la France à l'immense territoire qu'occupent aujourd'hui six provinces canadiennes et cinq États américains. Il mérite bien que son souvenir survive à la disparition du pont le plus achalandé du Canada.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer