Le duel Lisée-PKP

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Jean-François Lisée... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Jean-François Lisée

Photo Olivier Jean, La Presse

Le Quotidien

Le nom de Jean-François Lisée résonnait dans les rassemblements familiaux en cette dernière longue fin de semaine de l'Action de grâce. Et ce journaliste, écrivain et professeur devenu politicien après avoir servi de conseiller aux anciens premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, apparaissait à la majorité des péquistes comme un traître ou au mieux un trouble-fête.

Alors que les militants retrouvaient leur confiance en constatant la popularité croissante de leur député vedette Pierre Karl Péladeau, PKP pour les intimes, son collègue et candidat à la chefferie, Jean-François Lisée, allume une bombe en sommant le propriétaire de Québecor à vendre ses actions. " Ça ne fait aucun doute qu'on ne peut pas être chef de parti, soutient-il, et contrôler un empire médiatique. »

Trois enquêtes

Monsieur Péladeau avait rassuré les troupes souverainistes en annonçant, plus tôt la semaine dernière, son intention de placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard et d'éviter d'intervenir dans le contenu rédactionnel des publications de son réseau. Mais La Presse a plongé toute la classe politique dans l'embarras en rappelant, vendredi dernier, que le député de Saint-Jérôme était intervenu à deux occasions, en commission parlementaire, en faveur de Québecor. L'incident a déclenché trois enquêtes.

La course au leadership s'étirera jusqu'en mai 2015. Sept mois c'est long, surtout lorsque le favori obtient l'appui d'une majorité insurmontable. Jean-François Lisée, qui fut ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur dans le gouvernement de Pauline Marois, résistera-t-il à la colère du caucus péquiste, surtout après la publication de son dernier livre présentement sous presse : Le journal de Lisée : 18 mois de pouvoir, mes combats?

Avant de prendre congé, il a remis les premiers exemplaires à ses collègues. Chacun d'eux a certainement trouvé un moment pour vérifier l'authenticité des passages les plus controversés comme son opposition à la Charte des valeurs défendue par Bernard Drainville. " Je sais que je dérange. Je sais que je détonne. Je sais que j'innove, comme toi il y a quelques années», a-t-il répondu à l'ancienne ministre Louise Beaudoin qui a prédit son expulsion du Parti québécois.

Le journaliste d'enquête

L'affaire donne un répit aux libéraux secoués par l'opération équilibre budgétaire. Je présume même, en pensant à l'échec de Meech, qu'elle réjouit les nostalgiques de l'époque Robert Bourassa. Le constructeur de l'immense complexe hydroélectrique de la Baie James s'était retrouvé seul dans la fosse aux lions fédéraliste au début de la décennie 1990.

Le journaliste Jean-François Lisée avait reproché au jeune premier ministre d'avoir intrigué avec les représentants du Canada anglais plutôt que de guider un peuple révolté vers la souveraineté. Dans le premier tome de son thriller politique, Le tricheur, il perçoit les négociations de Meech comme " la plus gigantesque arnaque de l'histoire du Québec». Il raconte comment Robert Bourassa " a patiemment et habilement berné ses conseillers, ses ministres, ses députés, ses militants, ses adversaires et le Québec tout entier».

Dans le deuxième tome titré Le naufrageur, celui qui est devenu la brebis galeuse du PQ perçoit tout référendum sur la souveraineté comme une visite chez un dentiste: " Douleur à court terme, amélioration à long terme» .

Ce fils de Thetford Mines connaît bien la vie politique à Paris et à Washington puisqu'il eut l'avantage d'être correspondant dans ces deux capitales pour plusieurs grands quotidiens dont La Presse et Le Soleil. Son séjour à Washington lui avait inspiré la publication de Dans l'oeil de l'aigle une première enquête politique de 600 pages qui répondait notamment à ces deux questions : pourquoi le " Vive le Québec libre " du général De Gaulle a tant inquiété les Américains et pourquoi René Lévesque livrait-il ses secrets de l'actualité politique aux diplomates de la Maison-Blanche?

Jean-François Lisée était donc fort bien préparé à la vie parlementaire. Ce n'est peut-être pas suffisant pour survivre dans la jungle politique.

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