Dans la peau d'une archéologue

Participer à des fouilles archéologies demande patience et... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Participer à des fouilles archéologies demande patience et minutie. En quelques heures, j'ai seulement pu fouiller à la truelle une portion de terrain d'environ deux pieds par trois pieds, et de quelques pouces d'épaisseur.

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CHRONIQUE / J'ai eu la chance de m'initier à l'archéologie sur l'un des sites de fouilles les plus importants de la province situés en région.

Il se trouve en plein coeur du centre-ville de Chicoutimi, dans le quartier du Bassin, dans un petit secteur boisé protégé dont peu connaissent l'existence.

Près de l'embouchure de la rivière Chicoutimi, à la limite de la portion navigable du Saguenay, des archéologues sont à pied d'oeuvre depuis maintenant cinq ans sur le Site du Poste de traite de Chicoutimi.

J'ai eu la chance de les accompagner sur le terrain, le temps de quelques heures, la semaine dernière. De petits groupes du public pouvaient participer aux fouilles jeudi et vendredi, en avant-midi, une activité proposée par Saguenay, qui concorde avec le mois de l'archéologie. J'ai été prise sous l'aile de Gisèle Piédalue, archéologue chargée de terrain. Passionnée par son métier, elle connaît les moindres détails historiques du site par coeur, qui a été actif du 17e au 19e siècle. 

C'est autour du foyer, la pièce maîtresse des fondations d'un des deux presbytères du site - probablement celui de 1728, mais l'avancée des fouilles permettra de le préciser -, que je me suis activée sous les conseils et instructions de l'archéologue d'expérience.

Ma tâche consistait à fouiller la couche supérieure d'une petite parcelle du terrain, près de l'âtre. Les archéologues fouillent le terrain couche par couche, et se rendront éventuellement jusqu'au niveau du plancher du bâtiment.

Après une mise en contexte historique, ma guide dégage une petite portion de terrain à grâce à quelques coups de truelle expérimentés, tout en me montrant comment manier l'outil et fouiller le sol. La technique, en soi, n'est pas très complexe. Il suffit d'être patient et minutieux.

Mais je dois avouer que lors des premières minutes, je me suis demandé comment j'allais faire pour identifier les artefacts. Sous mon oeil inexpérimenté, tout dans cette couche de terre du 19e siècle semblait avoir la même couleur. De la terre brune, des pierres, des débris et quelques vers de terre. Et si je manquais un objet important ? « On jette toujours un oeil au contenu des seaux qui sont versés dans la brouette », m'indique alors Mme Piédalue.

Une fenêtre

Rassurée que je ne nuirais pas aux recherches, je me suis mise à trier le sol à l'aide de mon porte-poussière à la recherche d'objets d'intérêts. Rapidement, de petits morceaux de verre sont apparus. Les éclats, à la teinte bleutée, peu épais, et bien sûr noircis par la terre sont nombreux. « Il devait y avoir une fenêtre à cet endroit », m'explique alors ma formatrice.

Encouragée, je poursuis alors mes recherches, tout en discutant avec Noémie Dompierre, qui fouille le sol à quelques mètres de moi. Elle suit un programme d'employabilité et a déjà travaillé sur quelques sites de fouilles. Je profite de son oeil aguerri pour lui présenter quelques objets, qui s'avèrent être de petits os brûlés, des morceaux de terre cuite - probablement d'une pipe - ou du bois calciné.

Une médaille

Tout à coup, Noémie laisse échapper un petit cri de joie, et l'équipe de quelques archéologues se précipite autour d'elle. Elle venait de trouver une médaille, de quelques centimètres de diamètre. On pouvait y distinguer les silhouettes des membres de la Sainte Famille. « C'est comme celle trouvée au début de la saison ! », s'est-elle exclamée, en l'examinant, pendant qu'une collègue nettoyait l'objet. La médaille est un objet rare, associé à la chapelle du Saguenay qui se trouvait sur le site, construite en 1892 et démolie en 1930.

C'est là que j'ai saisi toute la magie de l'archéologie : la fébrilité entourant ces découvertes et la fascination envers ces objets qui témoignent de l'occupation et de l'activité sur le site suscitent l'émerveillement.

Truelle à la main, je fouillais le sol en me disant que moi aussi, je pourrais peut-être déterrer un petit trésor. Peu après, mes espoirs se sont avérés : j'ai déterré une pointe en métal d'une dizaine de centimètres, que j'ai montrée fièrement aux membres de l'équipe. Ils ont rapidement identifié l'objet comme étant un ciseau, qui servait à tailler la pierre à l'aide d'un marteau, un artefact peu courant, m'a-t-on dit.

Trouver une épingle dans une botte de foin

Un bien plus petit objet métallique a un peu plus tard attiré mon attention : une épingle. « C'est rare d'en trouver ! », s'est exclamée Gisèle Piédalue, en me félicitant pour mon oeil attentif.

J'en ai déniché quelques autres dans le secteur, dont une incomplète : l'extrémité pointue était manquante. « Il faut que tu trouves l'autre bout ! », m'a lancé en riant mon collègue Jeannot Lévesque, le photographe qui m'accompagnait pour ce reportage.

Eh bien, croyez-le ou non, un peu plus tard, j'ai trouvé une petite pointe métallique, qui semblait bel et bien compléter la tête d'épingle trouvée précédemment, que j'ai brandie sous les yeux ébahis de Jeannot, qui, je crois, n'aurait jamais parié un sou que mettrais la main sur ce morceau. Et moi non plus, dois-je bien vous l'avouer !

J'ai quitté le site du Site du Poste de traite de Chicoutimi en me disant qu'en bordure de cette fenêtre du presbytère, il y a cela plus d'un siècle, une femme avait peut-être l'habitude de s'asseoir près du feu et d'y coudre. C'est bien banal, me direz-vous, mais ces petits objets du quotidien nous rappellent humblement que d'autres nous ont précédés et donnent un sens encore plus concret à ce que nous avons pu lire dans les livres d'histoire.

Lors de mon bref passage sur le site... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 2.0

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Lors de mon bref passage sur le site de fouille des presbytères, une rare médaille de la Sainte Famille, associée à la chapelle qui se trouvait sur le site, a été trouvée.

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Ma première trouvaille d'importance: un ciseau en métal... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 2.1

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Ma première trouvaille d'importance: un ciseau en métal qui servait à tailler la pierre.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Cinq faits saillants

Le Poste de traite de Chicoutimi

Le Site du Poste de traite de Chicoutimi est un site important du commerce des fourrures de la Nouvelle-France et de la fondation de Chicoutimi. Si son activité se situe du 17e au 19e siècle, l'endroit a aussi été un lieu de fréquentation amérindien préhistorique. Le premier bâtiment du poste a été construit en 1671. Le comptoir stratégique servait au troc des fourrures, à leur entreposage, au triage et à l'emballage avant qu'elles soient acheminées en Europe, peut-on lire sur le site Internet du ministère de la Culture et des Communications.

Un site patrimonial protégé

L'endroit a été désigné comme lieu historique national du Canada en 1972 et comme site patrimonial par le ministère de la Culture et des Communications du Québec en 1984. Le secteur boisé protégé compte 60 000 mètres carrés.

Secteur visé par les fouilles

L'équipe du Laboratoire d'archéologie de l'Université du Québec de Chicoutimi concentre actuellement ses recherches sur la terrasse supérieure du site, sur le site de la mission, dans le secteur des presbytères. Depuis 2015, les vestiges des deux presbytères, qui datent de 1720 et de 1728, sont dégagés minutieusement, à la truelle.

Matériel d'un archéologue

Le matériel de base de l'archéologue est assez simple : une truelle pour fouiller le sol, un porte-poussière pour ramasser la terre, un seau pour y déposer la terre, un récipient pour recueillir les artefacts trouvés, un petit balai à main, des gants de jardinage, et bien sûr, des pantalons et des souliers fermés !

Traitement des artefacts

Les artefacts trouvés dans les fouilles archéologiques seront nettoyés minutieusement au Laboratoire d'archéologie de l'UQAC, puis identifiés et classés par différents spécialistes de la culture matérielle de l'époque.

Gisèle Piédalue, chargée de terrain, s'adresse à un... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 3.0

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Gisèle Piédalue, chargée de terrain, s'adresse à un groupe de visiteurs.

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Voici le résultat de ce que j'ai déniché... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 3.1

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Voici le résultat de ce que j'ai déniché dans une petite partielle de terrain du 19e siècle, en quelques heures de travail.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Visiter le Site du Poste de traite de Chicoutimi

Le Site du Poste de traite de Chicoutimi est accessible au public, que des fouilles archéologiques y soient en cours ou non. Des visites guidées sont aussi organisées par La Pulperie de Chicoutimi.

L'entrée du site se trouve à l'angle des rues Price et Dréan. Une plaque commémorative rappelle discrètement l'importance patrimoniale du site, avant que les visiteurs ne pénètrent dans les sentiers.

Les lieux sont entretenus par Saguenay. Il y a quelques années, de nouveaux sentiers y ont été aménagés et une application d'interprétation du site a été lancée par La Pulperie, nommée « Chek8timi », disponible sur l'App Store et sur Google Play, en complément à l'exposition permanente du même nom, Chek8timi, jusqu'où l'eau est profonde.

L'application offre une description historique de huit sites identifiés sur le terrain grâce à un numéro. Des photographies d'archives sont aussi accessibles. Dans certains cas, les marcheurs sont invités à observer une photo d'époque des lieux visités, en la comparant à l'apparence actuelle des lieux.

Seul, l'utilisation de l'application sur un téléphone convient. À plusieurs, il vaut mieux amener sa tablette électronique pour rendre l'expérience plus conviviale.

Les personnes qui préfèrent visiter l'endroit avec les explications d'un guide peuvent le faire grâce aux visites organisées par La Pulperie.

Les visiteurs doivent alors se présenter au bureau d'accueil du Croissant Culturel de Chicoutimi, situé au 194 rue Price Ouest, ouvert jusqu'au 27 août, de 10 h à 17 h.

Par contre, pour voir les archéologues à l'oeuvre, il faut faire vite : ils travaillent sur le site jusqu'au 13 août, de 7 h 30 à 15 h 30. En leur absence, les sites de fouilles sont recouverts et protégés.




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