Le règne des soupers spaghetti achève

CHRONIQUE / La crisette sociale est passée. Le populaire trio 100 % masculin... (Photo 123rf)

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Isabel Brochu
Le Quotidien

CHRONIQUE / La crisette sociale est passée. Le populaire trio 100 % masculin travaillera l'école du futur. La société, obsédée par les vedettes, transforme un visage connu en figure d'autorité du seul fait de sa notoriété. Dépassons un instant ce triste constat. Cette annonce est-elle un énième symptôme d'une transformation de l'État qui inscrit ses politiques et interventions dans une logique de rapport marchand ? Discussion sur le caractère néolibéral du Lab-école avec Philippe Hurteau, politologue et chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Soulignons d'abord l'inégalité d'accès au pouvoir (conseil des ministres ici). Dans la réalité, une organisation rencontre son député qui, au final, a peu d'argent. Parler rapidement à un ministre ? « Salut, mes chums et moi avons une super idée. » Wow ! Voilà un privilège basé sur la notoriété et la richesse. Il a mené, rappelons-le, à un octroi sans appel public ni reddition de comptes clairement définie. Outre ce favoritisme, Hurteau précise que c'est encore le problème de la charité des riches qui se substitue à l'État pour régler des problèmes publics (ex. : Fondation Chagnon). « Même si l'intention est bonne, il y a des élus et des ressources publiques qui sont déjà payés pour assurer cette charge ». On préfère le secteur privé. Le chercheur ajoute que les trois hommes sont une marque de commerce. Cette association avec l'État a une valeur marchande pour eux. Les concepteurs du projet aiment dire qu'il faut « sortir de la boîte » pour innover. Nuançons ce concept managérial. L'expression réfère à la nécessité de penser autrement, de changer de perspective. On peut le faire en restant dans la fonction publique. « Prenons l'activité physique, on peut penser qu'avec plus de ressources et de latitude, les enseignants en éducation physique seraient créatifs. » Idem pour la nutrition ou l'aménagement. Oui, de l'argent frais dans le système serait un important changement de perspective.

Pour certains, 1,5 million $ est négligeable. « Si on compare aux 104 milliards $ de dépenses du gouvernement, c'est minuscule. Sous l'angle des microdemandes, c'est autre chose ». Justement. Quelques semaines avant l'annonce du Lab-école, le Mouvement d'éducation populaire et d'actions collectives (MEPAC) dénonçait le sous-financement du secteur communautaire. Des organismes d'aide aux personnes vulnérables ferment et des centaines d'autres sont en survie. Répartir ces 1,5 million assurerait le financement annuel d'au moins 35 organismes. Une mathématique moins glamour, des photos ennuyantes.

La logique du marché pénètre toutes les sphères de l'État. D'un côté, l'État est un partenaire commercial du privé ; de l'autre, on coupe tous les secteurs avec des injonctions de rentabilité sans nuance : organisez-vous autrement, efficacement, trouvez de nouveaux financements, soyez rentables. Sérieusement ? Avec un financement moyen de 54 000 $ pour un organisme de défense collective des droits ? On ne sait plus quoi inventer pour ramasser de l'argent, dans l'arène de la bonne cause. C'est vrai qu'il y a des formations en marketing de la philanthropie pour apprendre à se démarquer. Apprendre comment mieux vendre ses pauvres, jeunes poqués, toxicomanes, itinérants, analphabètes, femmes violentées, handicapés. Croyez-moi, il achève le règne des soupers spaghetti. Nous verrons bientôt des gens danser sur la tête pour attirer notre attention. Allez, démarquez-vous ! Ce jour-là, je vous souhaite d'être assez riche pour vous payer des services qui seront tôt ou tard privatisés. Peut-être aurez-vous la chance inouïe de connaître une vedette proche du pouvoir ? Pour les plus vulnérables, tant pis. Ils n'avaient qu'à se débrouiller. Après tout, c'est à l'individu de se prendre en main. Non ?




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