Montréal, nombril des Montréalais ?

Le stade olympique de Montréal en juin 2016... (La Presse Canadienne, Graham Hughes)

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Le stade olympique de Montréal en juin 2016

La Presse Canadienne, Graham Hughes

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Isabel Brochu

Isabel Brochu est chroniqueuse pour Le Quotidien.

Le Quotidien

CHRONIQUE / C'est un coup de gueule, à prendre ou à laisser. Les régions sont médiatiquement absentes. Politiquement négligeables. Je l'écrivais en janvier 2016 suite au bilan de l'État de la nouvelle publié par Influence Communication. On y apprenait que la couverture médiatique des sujets régionaux était sous la barre de 1 %. Le bilan de 2016 confirme la tendance et tout indique que j'écrirai la même chose l'an prochain. Dans une entrevue à l'émission des Matins en Or, en décembre dernier, Jean-François Dumas, directeur d'Influence Communication, avançait que Montréal parle des régions s'il y a un intérêt pour les Montréalais, un lien avec Montréal. La question est pourquoi ? Pourquoi Montréal est si désintéressée des régions ?

Les coupes budgétaires dans les médias favorisent la centralisation et nuisent systématiquement aux régions. Contrairement aux pieuses prévisions, les avancées technologiques n'ont pas atténué la distance entre Montréal et les régions, mais plutôt entre Montréal et le reste du monde. Plusieurs facteurs poussent vers une uniformisation des nouvelles et répondre à la demande populaire n'est pas garante de la pertinence. La problématique médiatique est complexe. Toutefois, rien ne justifie le peu d'efforts des médias nationaux pour intégrer des sujets régionaux dans leur contenu, ni la façon de le faire. Lors de son passage à l'émission Samedi et Rien d'Autre en janvier, MC Gilles, qui vit à Sainte-Anne-de-la-Pérade en Mauricie, affirmait que la couverture des régions est « folklorique ». Il a raison même s'il participe à une émission qui ne donne pas sa place. Infoman n'est jamais trop loin de Saguenay pour un clip de deux minutes sur les pitreries de notre magistrat ou de la Côte-Nord pour ridiculiser Rambo Gauthier. Mais, heureusement pour les régions, il y a des vedettes. Voilà un bon moyen de parler des régions sans emmerder le Québec. Faisons-les pleurer devant les mises en scène organisées par une collectivité prête à tout pour un peu de visibilité. Découvrons le Québec l'espace d'une chanson avec nos artistes. Faisons le tour du Québec en char avec Michel Barrette, qui, eurêka, vient du Lac-Saint-Jean. Une émission doublement régionale.

Parler des régions est facile. Il y a des auteurs, événements, enjeux économiques, sociaux et politiques. Pourquoi ne pas remplacer une chronique culinaire ? Parler pour une fois du théâtre du Bic pour rappeler qu'il y a un monde autour des troupes de Montréal ? Soyez originaux et invitez un artiste des régions, une fois par mois, sans excès. Pourquoi ne pas créer une chronique « régions » ? Remplacer quelques-uns des chouchous médiatiques par des invités moins connus, mais pas cons non plus ? Oui, il y a des chercheurs, intellectuels et gens intéressants dans les régions. Diminuer l'autopromotion laisserait du temps d'antenne pour diversifier vos contenus. Faire une tournée de l'actualité régionale ? Maisonneuve le faisait le midi. Montréal est autosuffisante et peut s'abreuver au savoir de plusieurs universités, de projets à n'en plus finir, festivals qui se succèdent et un tas de vedettes intéressées à parler de tout et même de rien. La grosse facilité. Mais Montréal n'est pas le Québec. Il semble utile de le rappeler.

C'est un coup de gueule face à la nette division entre Montréal et le reste du Québec. L'inquiétude de constater l'indifférence générale devant cette rupture territoriale. Le montréalocentrisme est réel pour plusieurs militants, dont celles du mouvement féministe. On le constate dans le traitement des enjeux sociaux qui traversent le Québec. Plusieurs enjeux ne sont pas que montréalais, ils s'expriment différemment dans une région. Les grands médias ont une responsabilité. Qu'ils refassent leur devoir et, idéalement, une autocritique. L'ouverture sur le monde est aussi pour celle de la diversité de notre territoire.




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