Mes trois chiens

CHRONIQUE / Le débat sur les chiens dangereux fait rage depuis l'été.... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

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Daniel Boivin
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le débat sur les chiens dangereux fait rage depuis l'été. Maintenant que la poussière est retombée, la question mérite une réflexion éclairée, et c'est justement ma spécialité.

Pour vous situer, j'ai la chance de vivre à Riverbend, un quartier patrimonial, le plus beau de la région, où toute la ville se donne rendez-vous pour promener son chien.

La semaine dernière, je me préparais à réparer la galerie devant la maison. Il fallait enfoncer un noeud qui effleurait d'une planche, tout juste devant la porte d'entrée. Deux coups de marteau et c'était réglé. Mais au moment de cogner sur le noeud, j'ai entendu un bruit derrière moi: un Pittbull avait surgi sur la galerie...

Il s'est assis dans un coin, la langue pendante, les yeux rivés sur moi. J'ai reculé dans l'autre coin, paralysé. Du coin de l'oeil, j'ai aperçu son maître. Il jasait avec une jolie voisine au bout de la rue. Il avait manifestement oublié qu'il avait un chien...

Par crainte d'énerver le molosse, je n'osais pas bouger, même pas cligner des yeux. En fait, non, une seule fois, et le chien a eu le temps de se déplacer. Il avait vu LE noeud. Qu'il commença à ronger et gruger comme un os. En moins d'une minute, il avait fait un trou de trois pouces dans ma planche.

Ma planche patrimoniale. Puis il se mit soudain à lécher mes souliers, sans raison, avant de disparaître.

Au même moment, ma blonde est apparue... Elle revenait du travail. En voyant le trou dans la galerie, elle m'a demandé ce qui s'était passé. J'ai raconté l'anecdote en exagérant les détails: le chien était enragé, presque démoniaque... Elle était furieuse:

-Ben moi, ton chien, il aurait fait un vol plané!

Je me sentais, comment dire, un peu lâche. De la forme la plus répandue. La lâcheté ordinaire.

Il faut dire que je n'ai jamais été chanceux avec les chiens.

Il y a quelques années, mon ami Marc St-Hilaire m'a demandé de surveiller son chien pendant qu'il partait en vacances à Cuba. Marc, c'est le gars qui écrit des éditoriaux dans la page à gauche... Je devais aller nourrir le chien, et accrocher sa laisse à la corde à linge pour qu'il fasse ses besoins. Dès le premier soir, au moment d'accrocher le chien, il a donné un coup de tête et s'est enfui.

J'ai patrouillé le quartier tous les soirs, durant dix jours, à la recherche du fuyard. En vain. Je me sentais très mal, d'autant plus que Marc m'aimait bien, mais préférait son chien... Or, comme par magie, le chien est apparu sur la galerie la dernière journée. Affamé. Assoiffé. Je l'ai fait entrer et je me suis sauvé... Le soir, Marc m'a téléphoné. Il n'en finissait plus de me remercier.

La faute à mon père

Tout ça, c'est la faute à mon père.

Une amie de la famille m'avait donné un chiot quand j'étais enfant. Après la première nuit, mon père m'a forcé de m'en débarrasser parce qu'une bête avait déchiré les sacs de vidanges du voisin.

- Mais papa, le chien n'est pas sorti de la maison.

- Je sais, je sais, mais les voisins le savent pas. Et dans la vie, mon garçon, il faut toujours se soucier de ce que pensent les voisins.

- C'est pas juste!

- Écoute, laisse faire les chiens, et trouve-toi une blonde!

- Mais papa, j'ai 8 ans.

- Justement, tu ferais mieux de commencer à chercher tout de suite.

J'ai jamais su s'il était sérieux. En tout cas, il avait raison. Pour les roux, c'est toujours très long.

Bref, j'ai failli perdre le respect de ma blonde, de mon ami et de mon père à cause des chiens. Et ils n'étaient même pas dangereux.

Daniel Boivin est journaliste à Radio-Canada

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