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Donald Trump, candidat républicain aux élections présidentielles américaines... (Photo AFP)

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Donald Trump, candidat républicain aux élections présidentielles américaines

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Daniel Coté
Le Quotidien

COMMENTAIRE / Les bonzes du Parti républicain font penser au propriétaire d'un pitbull qui, après l'avoir souqué pendant des années contre ses voisins, le voit se retourner contre lui. La déconfiture de Donald Trump aux élections présidentielles, qui pourrait redonner au Parti démocrate le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants, constitue en effet l'aboutissement d'un flirt dangereux dont l'origine remonte à l'été 2010.

Rappelons qu'à ce moment-là, Barack Obama était président depuis deux ans et que sa priorité consistait à réformer le système de santé. Les vacances approchaient et pour mobiliser la base en vue de la bataille législative qui, bientôt, atteindrait son point culminant, le réseau FOX NEWS s'était associé à des activistes de droite. C'est ainsi que fut créé ce mouvement qu'on a appelé le Tea Party.

On en a fait toute une histoire. Partout dans le pays, des manifestations ont été organisées. Des membres des deux chambres ont été interpellés, parfois houspillés, par des citoyens en colère. Revenir à la maison pour prendre le pouls de son monde était devenu périlleux. À la télé, plusieurs élus avaient des têtes d'otages.

La loi a quand même été adoptée, de justesse, mais le Parti républicain a profité de la mobilisation pour réaliser des gains aux élections législatives de 2010. À partir de ce moment, Barack Obama n'a plus été en mesure de réaliser son programme en empruntant les voies traditionnelles. Même après une deuxième victoire aux présidentielles de 2012, l'autre camp, assis sur sa majorité, lui a opposé une fin de non-recevoir.

Racisme et... satanisme

Très tôt, cependant, on a décelé des signes inquiétants au sein du Tea Party. Des éléments racistes remettaient en question la légitimité du président en invoquant, pas subtilement, la couleur de sa peau. À chaque fois que la chose était dénoncée, les politiciens républicains répondaient sans répondre. À l'évidence, ils marchaient sur des oeufs.

On a compris pourquoi lorsque des membres du Tea Party ont tassé des vétérans du parti lors de campagnes à l'investiture menées à l'échelle locale. De gros noms sont tombés, faisant émerger des candidats si louches que les démocrates ont enlevé des sièges qui, dans un contexte normal, n'auraient pas été à leur portée.

L'un des épisodes les plus hilarants est survenu en 2010, quand le Delaware a dû remplacer le sénateur Joe Biden, devenu vice-président. Les républicains ont opté pour Christine O'Donnell, une égérie du Tea Party qui, tout en se disant attachée aux valeurs traditionnelles, a été confrontée à une entrevue télévisée où elle racontait comment, plus jeune, il lui est arrivé de pratiquer le satanisme.

Elle a perdu, bien sûr, mais on peut situer cet épisode dans le droit fil de la campagne menée par Donald Trump. Dans les deux cas, on a vu des citoyens, à droite, lever le nez sur des politiciens aguerris. O'Donnell avait arraché l'investiture républicaine à un ancien gouverneur, tandis que le milliardaire a défait des poids lourds comme Jeb Bush, John Kasich et Ted Cruz. Le goût de brasser la cage l'avait emporté sur le bon sens.

Mauvais calcul

Aujourd'hui, on assiste à la débâcle de Trump, rattrapé par son passé, autant que par son extrême loquacité. Son destin à lui importe peu, d'une certaine manière. C'est celui d'une bête de cirque qui a voulu chanter dans un opéra. Sa performance laissera le souvenir d'une magistrale aberration, comme dans les années 1950, alors que le maccarthysme pourrissait la vie de milliers d'innocents.

Ce qui est important, ce sont les conséquences de sa candidature sur le Parti républicain. Après avoir gardé le silence sur ses outrances pendant les primaires, en espérant qu'un rival remporte l'investiture, les leaders de l'aile parlementaire craignent pour leurs majorités et l'avenir de leur formation. Ils n'ont plus le choix de désavouer Trump, mais savent que ses partisans pourraient les bouder en novembre.

Si tel est le cas, ils l'auront bien mérité.

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